19 juillet 2008
INFOS à J-12
Mon blog comporte plusieurs posts de retard. Depuis le Cachemire, beaucoup de choses se sont passés (attaque de singe, figuration dans un film de Bollywood, nuit passée dans le désert du Rajasthan, decouverte d'un cadavre etc). Je n'ai malheureusement pas eu l'opportunité d'avancer mon projet plus vite. A l'approche de mon retour, j'ai donc décidé de publier des posts de décompte en "zappant" provisoirement la période mi-juin / mi-juillet que je reprendrais plus tard pour les grands fans ;-). Je suis donc actuellement au Népal avec Yorrick depuis plusieurs jours. Je tenterais en parallèle de compléter le "trou" qui fait défaut. Les dates indiquées sont les bonnes.
J-12 avant le retour en France ou ma seconde chance
Il y a des jours sans et des jours avec. Il y a des jours pauvres et des jours remplis. Et il y a des jours où, parfois, il faut rester au lit. Depuis mon arrivée à Katmandou au Népal, Yorrick et moi n'avions toujours pas bougé nos fesses pour sortir de la capitale. En ce samedi 19 juillet, Yorrick décide de nous programmer la découverte du village ancien de Bhaktapur. Un village reconnu pour ses bâtisses d'inspiration est-asiatique mais aussi pour sa place centrale (du nom de Durbar Square comme partout au Népal qui veut tout simplement dire "la place du palais").
Les commerçants népalais nous conseillent de prendre un mini-bus sur une des avenues principales avant de rejoindre le quartier de Shutni Park (ou un truc comme ça...) où se situent la plupart des liaisons de bus vers Bhaktapur. En quelques secondes seulement, nous trouvons un mini-bus de 12 places où sont entassés 21 personnes. Mais ils acceptent notre entrée parmi les serrés pour seulement 12 roupies népalais. Je m'assois sur les jambes d'un homme en envoyant un cou de coude à un autre. Yorrick, lui, ne peut pas tourner le visage sinon son nez colle au chapeau népalais d'un troisième homme. Arrivée à la "gare" routière qui ressemble plus à une sortie de rond-point qu'autre chose. Nous trouvons en quelques minutes le bus liant les deux villes. Le trajet doit durer à peu près 40 minutes. Yorrick et moi nous installons. Lui, sur la banquette arrière, moi, trois ou quatre rangs devant lui, sur le côté droit contre la fenêtre. Les jeunes népalais (la moyenne d'âge du pays est de 20 ans seulement) s'accumulent dans le couloir au centre. Une femme et ses enfants s'installent auprès de moi. Nous sommes serrés et pas prêt de bouger avant l'arrêt concerné.
Au bout de 30 minutes pourtant, un incident nous interpelle. Un jeune népalais commence à se disputer avec l'un des responsables du bus. Nous croyons à un défaut de paiement. Quelques secondes suffisent pour que plusieurs personnes s'emmêlent et chassent le jeune rebelle du véhicule. En sortant, l'homme traverse la voie vers la droite (au Népal aussi, ils conduisent à gauche) et insultent lâchement le chauffeur du bus et ses assistants. Les hommes répondent par la fenêtre mais en vain, le népalais, décidément contrarié, montre ses attributs et joue la provocation à 30 mètres de nous. Quelques hommes sortent alors du bus et se dirigent droit vers lui. A l'approche d'une petite rue de quartier, ils tentent de se boxer mais, comme les indiens, ils ne se sont pas assez inspirés de Rocky pour être crédible. Les trois hommes en colère reviennent vers le bus pour reprendre la route. Mais le jeune népalais, décidément bien stupide et vexé par une telle altercation, prend une pierre de 15 à 20 centimètres de long pour 10 de large et l'envoie expressément sur le bus. Pas de bol, l'homme vise plutôt bien et je vois la pierre se diriger en plein sur moi. Le jet est suffisamment puissant pour que je décide de me coucher (trop peu !) vers la gauche en protégeant ma tête. Yorrick, lui, comprend tout de suite que je suis en danger réel mais ne peut rien faire à part contempler la pierre foncer vers ma fenêtre.
C'est amusant de se dire que parfois, les choses ne se jouent pas à grand chose. On voit cette pierre arriver vers nous en imaginant sa taille sans se douter que quelques secondes plus tard, on peut être ensanglanté ou pire, dans un état de coma profond. Heureusement, ce jour-là, la pierre eu la bonne idée de s'écraser 20 centimètres au-dessus de ma tête s'arrêtant net contre le rideau coincé et tendu à mort. Bien évidemment, avant d'atteindre le rideau, le projectile brisa à 90 % la fenêtre m'arrosant ainsi de centaines de débris de verres bleus inondant même mes chaussures de trek et mes poches de shorts... Je n'ai rien eu. Ouf ! Par contre, je tremble un peu, beaucoup même... Et je ne peux m'empêcher de sortir du bus pour aller m'expliquer "pacifiquement" avec le mec. Seulement, une dizaine de népalais ont réagi plus vite que moi et sont déjà paumés dans les rues du village à poursuivre l'immature. En arrivant au début de la rue, une trentaine de tronches me dévisage en se demandant ce que le "blanc" va faire. Rien. Le blanc est complètement perdu par toutes ces personnes qui se ressemblent et décident, sagement, de revenir vers le bus ce qui soulage Yorrick qui se voyait déjà en train de me défendre dans les "favelas" népalaises... Pourtant, ce jour-là, pour la première fois, je pense que Rocky m'aurait suffisamment inspiré...
L'après-midi qui suivit fut la plus belle vécu au Népal. Je ne sais pas si cela est dû aux magnifiques monuments vus ou à la réalisation que je vivais une seconde fois... Mais en tout cas, je suis zen.
J -12 avant le retour en France ou Saturday Night Katmandou
La journée commençait bien. Un jet de pierre en pleine gueule, il y a mieux (voir post précédent). Passons cet épisode et profitons de cette belle journée qui s'annonce. Nous descendons définitivement du bus et commençons à marcher vers le village de Paktapur qui se trouve sur une sorte de colline. Nous traversons un petit pont, les rues sont en hauteur et tout est vert. La mousson actuelle donne au décor un air de village abandonné. En montant, nos appareils photo chauffent doucement mais sûrement. Les bâtiments, sombres, sont assez hauts, dans un mauvais état mais ont gardé une authenticité particulière très intéressante. Il y a des potiers partout et même les gamins travaillent pour le compte du business familial. On se fait aborder par des vendeurs de tableaux, de couteaux mais il n'y a pas de mendiants. En arrivant à Durbar Square, la place principale, les drapeaux népalais et les temples hindous d'inspiration chinoise sont les principaux sujets de nos cadrages. Les enfants, totalement libres et joueurs, ne se font pas désirer pour être pris en photo. Et toujours en jouant, ils nous invitent à leur donner quelques roupies ou dollar que nous déclinons vivement.
Nous trouvons un restaurant en hauteur sur l'arrière-place. La vue est splendide et nous pouvons observer le comportement de la population népalaise librement. Je déguste du fromage de Yak et un dal népalais. Excellent. Puis nous marchons à travers le marché aux légumes local. Je m'arrête près d'un temple où je m'assois au côté d'un vieil homme. Yorrick continue ses photos pour décrocher le Pullitzer avec son argentique tandis que je démarre une conversation silencieuse avec le vieux népalais. Nous admirons la cérémonie qui a lieu sous nos yeux. Une sorte de guru entouré de fleurs est assis devant des dizaines d'hindous, tous la soixantaine passée. On donne une pâte rouge aux fidèles pour qu'ils cultivent le point rouge sur leur front. Je prends quelques photos à mon tour et une vidéo que je montre à mon voisin, souriant et discret. Je le quitte une dizaine de minutes plus tard toujours sans mots. Je lui fais le signe du respect (Namaste), il me répond par le même geste.
Il est temps de partir et de reprendre le bus pour Katmandou. Espérons que cette fois-ci, tout se passe bien. En arrivant sur la route, le bus est déjà là et on nous indique le toit où sont déjà installés quelques népalais. A part les fils électriques qui passent au-dessus des routes, je ne crains pas grand chose à cette nouvelle expérience. Alors nous montons de vive allure. Le bus démarre, s'arrête à nouveau, reprend quelques passagers et le toit se remplit définitivement. Yorrick fait la connaissance d'un groupe de jeunes militaires pendant que je fais la causette avec un universitaire sur l'avenir politique du Népal (le pays n'est plus une monarchie et la population vote pour son premier président en ce moment). C'est amusant d'être sur ce toit. On peut admirer les montagnes et les paysages alentour. Les quelques népalais qui nous voient en bas se marrent. Mais un gros défaut, la pollution. Katmandou fait partie des capitales les plus polluées du monde avec Mexico car elle est située dans une cuvette. La fin du voyage est donc un peu gerbante. Et puis nous descendons dans les rues de Katmandou. Là, un gamin m'envoie une cacahuète dans la tronche m'obligeant à l'engueuler pour me faire respecter, décidément. Mais à choisir, je préfère la cacahuète à la pierre du matin.
Nous revenons à l'hôtel et décidons pour la première fois de sortir sur Katmandou. Nous proposons à deux françaises (dont une de Delhi) rencontrées sur le lieu d'accommodation de passer la soirée ensemble pour découvrir Katmandou la nocturne. A la différence de l'Inde, la vie nocturne est plutôt riche même si la plupart des gens dorment très tôt. Pour les occidentaux par contre, vous avez le choix entre des bars sympathiques un peu hippie, des danseuses russes ou des prostituées népalaises dans des bars glauques. Malheureusement, le tourisme sexuel est bien présent ici et nous ne sommes pas loin des "standards" thaïlandais. En arrivant au Reggae Café, un bar dans un style toujours très chinois, la musique détonne. Un groupe népalais chante "I want to break free" du groupe Queen. Le son est bon et l'ambiance, bien présente. Malheureusement, j'aperçois quelques jeunes américains profitant de leur séjour pour draguer des népalaises provocantes. J'ai vraiment l'impression d'être au Viet-Nam, pendant la guerre. Mais les occidentaux commencent à arriver en masse et à faire la fête sur les rythmes endiablés des classiques des années 60 à 2000. Tout y passe ; Jimi Hendrix, les Beatles, Coldplay, Bob Marley, les Chili Peppers, les
Stones etc. Nous passons une super soirée.
Retour à l'hôtel sous une pluie légère qui en annonce une plus forte. C'est la mousson, nous sommes à Katmandou et je viens de passer une soirée au Reggae Café à danser. Quoi de mieux ?
13 juin 2008
J + 111 ou la préparation tranquille d'un trek difficile
Arrivée à Sonamarg en bus, une des dernières enclaves du Cachemire "autorisé". Nous sommes accueillis par un grand balisage au-dessus de la route : "The Indian Army welcomes you". En effet, Sonamarg est un avant-poste idéal avant les frontières "chaudes". Perché à 2700 mètres d'altitude et à quelques centaines de kilomètres à vol d'oiseau de la frontière Afghane (où 9 militaires américains ont été tués par une offensive talibane le 16 juillet 2008), ce petit village a la particularité d'être devenu en un coup d'oeil un de mes endroits préférés de toute ma courte vie. La route traversant les quelques commerces devient microscopique si on lève les yeux quelques instants. En effet, la vallée est incroyablement large et monte petit à petit comme un énorme stade ; sauf qu'à la place des tribunes, vous pouvez admirer une forêt de pins géants d'un côté et une pelouse verte broutée par des chevaux "sauvages" de l'autre.
Pour arriver à ce point, le bus nous a fait découvrir les merveilles du Cachemire en longeant pendant plusieurs heures une rivière incroyablement parfaite pour un tour de rafting. Imaginez juste un décor idéal pour un film ou tout simplement pour une scène montrant ce qu'est le Paradis. Vous y êtes ? Et bien, le Cachemire, aussi incroyable que cela puisse paraître, c'est ça... On a du mal à y croire lorsque vous le lisez dans les guides mais sur place, on est convaincu sans problème... Allez j'arrête. Je reprends le cours de mon histoire. J'en étais où déjà ? Ah oui ! Les chevaux non-sellés qui broutent l'herbe. Intéressant ? Oui, surtout lorsqu'on assiste à des reproductions accélérés entre étalon et jument consentante...
Avant de trouver les guides idéals à un prix lui aussi idéal, nous négocions deux chambres dans le seul hôtel à petit budget de la commune dirigé par des Sikhs. Il fait frais dehors et ça fait du bien de se sauver des chaleurs des plaines. Guillaume et moi trouvons chacun un petit "coat" pour se sauvegarder des températures himalayennes. Nous avons aussi eu le temps de trouver nos futurs collaborateurs de montagne qui nous guideront dans les hautes altitudes. Nous négocions un trek en cheval pour 11 000 roupies pour 3 nuits et 4 jours. Il n'y aura qu'une tente pour nous quatre et nous devons acheter à manger. Autant dire que nos emplettes seront très simplifiés. Au menu des 4 jours : des paquets de noodles, du pain de mie et des barres chocolatées. Nous comprendrons, à l'avenir, que ce choix simplifié n'aura pas été le bon. L'eau, elle, étant fourni par l'équipage. Le rendez-vous est fixé en début de matinée le lendemain.
La nuit tombée, nous dégustons dans un petit restaurant le fameux Rista que convoitait Will depuis quelques jours. Ses petites bouliches de mouton trempées dans une sauce sont succulentes ! Là, une troupe de jeunes indiens venus des plaines nous invitent et nous dégustons les spécialités locales dans un air de fête. Les jeunes, très ouverts, éduqués et curieux, nous donnent rendez-vous le lendemain avant notre trek. Nous échangeons les numéros, les noms pour Facebook et nous rejoignons avec hâte les chambres du Punjab Hotel. Avec gentillesse mais un peu perdu, un des employés nous fait remarquer qu'il nous attendait pour fermer la porte d'entrée. L'accueil est formidable et moins stressant qu'en "Inde". Nos sacs de voyage seront au chaud, ici, pendant toute la durée de notre trek.
Le lendemain est un peu poussif mais nous arrivons sur les lieux du rendez-vous à peu près à l'heure grâce aux jeunes rencontrés la veille qui nous ont déposé en voiture. Les chevaux nous attendent. Il y en a 6. Ils sont assez petits mais n'ont pas la "gueule" de poneys. Le spécialiste hippique me contredira forcément en affirmant que ce sont des poneys et pas des chevaux, peu importe, ils vont se coltiner quatre occidentaux en mal d'aventure. Les guides sherpas sont au nombre de trois. Il y a Manzoor, le principal interlocuteur, Faruq, un jeune arabe assez sec qui a l'air de maîtriser les chevaux comme s'il les avait conçu et Mushtaq le cuisinier. Tous les trois portent la barbe et n'ont pas encore la trentaine. Seul Caroline a une expérience significative de "cavalerie" mais je suis le seul à ne pas avoir chevauché "réellement". Et pourtant, je suis assez excité à l'idée de commencer cette nouvelle expérience qui-plus-est dans un des endroits les plus beaux au monde.
Un dernier tchaï et c'est parti, l'aventure commence...
J + 111 ou les vertus du thé...
Au petit matin, nous découvrons avec stupéfaction la beauté du lac et ses millions de reflets. Quelques shikaras se trimbalent autour des houseboats en espérant décrocher une course. Certains sont remplis de produits de tous genres du type épicerie. Un film me vient en tête : "Le Cinquième Elément" de Luc Besson lorsque Bruce Willis commande de la viande à un épicier chinois. Là, c'est la même chose, les vendeurs accostent sur les houseboats sans permission et vous vendent des tapis de tout genre de piètre qualité bizarrement. C'est tout de même le Cachemire ! L'un d'eux, à la peau complètement décolorée, parvient pourtant à rentrer dans notre domicile flottant. Ils présentent à Caroline des dizaines d'étoffes et de tapis mais rien ne l'emballe ; il doit tout replier et passer à un autre client du lac.
Nous nous installons sur la terrasse où nous admirons les aigles qui commencent leur journée à chasser. Les rase-mottes sont impressionnants, les poissons en sont effrayés. Il y a aussi des dragon-flies qui nous regardent immobiles dans l'air. Et puis c'est l'heure du petit déjeuner. Le fils du propriétaire, d'une trentaine d'années à peine, nous sert du khawa (à ne pas confondre avec notre café !), deux omelettes et quelques toasts. Nous devons partir bientôt pour prendre un bus alors nous ne tardons pas à avaler le repas. Lors du règlement, nous trouvons que la note est un peu salée pour un standard indien. Quelque peu circonspects, nous tentons de négocier le prix vers le bas car le repas vaut à peu près 50% moins cher que le prix proposé. Les sacs sont prêts et les discussions pour un malheureux p'tit déj' sont âpres. Je sens que l'homme est un peu tendu par cette discussion. Mais par principe, nous ne laisserons pas deux fois le prix alors que dans le même temps Glen et Caroline ont ramené un couple français (en l'occurrence Guillaume et moi) pour une nuit supplémentaire. Personnellement, je suis resté sur la terrasse et je tente de calculer le coût réel d'un tel repas. Je commence alors par dire à voix haute : "So, the tea... it's just water, ...." Je n'ai pas le temps de rajouter que dans le thé, il y a aussi du thé et une préparation particulière que l'homme s'énerve. "WHAT !!!!!! TEA IS NOT ONLY WATER !!!!!"
Là, l'homme s'emballe, repart vers son domicile personnel (le houseboat voisin), revient toujours aussi énervé, répète sans cesse que le thé, ce n'est pas que de l'eau. Il s'en prend personnellement à Guillaume qu'il aperçoit sur la terrasse pensant qu'il est à l'origine de la réplique. Guillaume se défend verbalement et l'incite à modérer ses propos. Le Cachemiri revient sur la terrasse, et pour éviter la confusion, je l'interpelle pour lui expliquer que c'est bien moi qui pense que le thé comporte de l'eau mais aussi des feuilles aux saveurs particulières et qu'une maîtrise de la préparation est nécessaire pour servir (même si personnellement je ne pense pas que son thé fut très compliqué à préparer). Pour accélérer le processus de négociation, je m'excuse pour la méprise et je reste à l'écart des calculs. Au final, nous avons 50 % de réduction. Enfin, c'est comme dire que nous avons eu le vrai prix sans réduction. La fin est morose, les politesses d'adieu se font rares, nous quittons, sur les nerfs, le lac aux nénuphars...
Sans cet incident, je serais reparti de Srinagar ravi mais malheureusement j'ai retenu beaucoup de points négatifs qui m'incite à croire que la capitale du Cachemire a peur des périodes "creuses" ; celles où les tensions se ravivent entre le Pakistan et l'Inde qui affaiblissent l'économie du tourisme. Au passage, et pour expliquer son comportement, l'homme et son père ont dû revendre deux de leurs houseboats pendant la dernière crise "diplomatique" il y a quelques années. Srinagar est une ville militaro-touristique et il faut en mesurer les possibles conséquences, that's it.
12 juin 2008
J + 110 ou le business obsessionnel
Notre arrivée à Srinagar est assez étrange. On nous dépose au milieu d'un carrefour. Il n'y a aucun panneau pour nous aider. Nous savons juste que le Cachemire est un repère pour fabriquer des battes de cricket ; le décor des campagnes nous ferait presque oublier l'Inde : les devantures des shops sont en arabe. Les gens ont la barbe taillée et oublie la moustache. On sent une atmosphère afghane voire iranienne, en tout cas, d'Asie centrale. Un vieil homme se dirige vers nous. Il nous propose une chambre dans son house boat. Srinagar connaît son succès grâce à son lac Dal et les house boats qui y flottent. Pour détourner une loi sur la propriété, les anglais ont fait construire des maisons directement sur le lac pendant l'époque du Raj. Il nous accompagne via un rick-shaw gratuit et nous fait visiter les lieux. Nous remarquons que nous sommes sur la rivière Jhemul au sud et pas sur le lac. C'est assez calme. L'idée de dormir sur l'eau et de voir passer les aigles environnants nous détend. De toute façon, nous sommes trop fatigués pour aller ailleurs ce soir.
L'homme s'appelle Abdul. Il est musulman et porte le "chapeau" adéquat. Cet house boat n'est pas une maison sur l'eau mais une petite péniche le long de la digue. Il y a l'électricité et l'eau. En nous installant, nous voyons passer des ordures ainsi que des excrêments humains qui flottent, c'est classe. Abdul est attentionné et nous négocions un petit déjeuner sur mesure centré autour d'un Kahwa qui désigne le thé vert à la cardamome , une spécialité locale. Nous n'avons toujours pas vu le lac. Nous décidons donc de manger un bon plat indien au niveau du lieu touristique. En arrivant, une foule "d'indiens arrivistes" consomment dans l'artère principale bordant le lac. Nous apercevons les véritables house-boats à quelques centaines de mètres de nous sur le lac. Chaque "maison" porte un nom du type : "Little Australia", "New Paradise", "London Guest House". Notre regard s'alllonge au loin, il y en a à perte de vue, tous alignés. La rue est très bruyante et nous sommes soulagés de ne pas avoir embarqué dans l'une de ces house-boats. Nous choisissons un restaurant "non-veg" (non-végétarien) car Will veut absolument retrouver les muttons balls qu'il avait savouré au Ladakh l'année dernière.
En entrant dans la salle principale, une surprise nous attend : Glen et Caroline, le couple rencontré à Jammu, mange tranquillement assis à une table. Huit yeux sourient au même moment. Nous nous installons auprès d'eux. Quelle chance de les retrouver ici ! Nous qui avions les mêmes envies de voyage ! Ils ont quasiment terminé leur repas et nous proposent donc de les rejoindre dans leur houseboat le lendemain pour dormir dans la chambre à côté. Ils sont à l'intérieur du lac et n'ont aucune nuisance particulière. Forcément, nous acceptons l'invitation. Ce couple est vraiment cool. Le soir en rentrant, Will sympathise avec Abdul lorsque je roupille devant mon ordinateur. En bon musulman, le propriétaire lui propose de tester le narguilé pour le lendemain. Will ne refuse pas mais n'accepte pas non plus. Nous allons d'abord voir les house-boats de nos nouveaux amis ainsi que celui que nous a conseillé une autre personne à Auroville.
Le lendemain, nous avons du mal à nous réveiller car nous sommes fatigués des voyages incessants. Le p'tit déj' avalé, nous filons droit vers le lac où doivent encore nous attendre Caroline et Glen. Pour rejoindre les house-boats, nous sommes obligés d'utiliser un shikara-wallah, les bateliers qui conduisent les hôtes sur des gondoles vers les maisons flottantes. On nous envoie vers un Shikara dont le pagayeur nous fait un grand sourire. Lors de la traversée, le wallah commence à nous expliquer que le couple que nous rejoignons est parti et qu'ils ne nous ont pas attendus. Interloqués par cette information, nous complétons nos questions mais le jeune homme n'est pas clair dans ses réponses. Parfois, ils sont partis à 9 heures, parfois à 11 heures 15. Tout celà est étrange. Mais cela peut être crédible car nous avons trois quart d'heures de retard tout de même !
En arrivant au house-boat, l'homme nous présente les chambres et nous indique que le couple était dans l'une d'elles il y a seulement quelques heures. Une bouteille de Whisky à moitié vide traîne sur la table de chevet, des paquets de cigarettes écrasés sont étalés par terre. Ils ont bu de l'alcool avec nous et je crois les avoir vu fumer mais de là à s'acheter une bouteille d'un litre et de la laisser à moitié remplie ; je ne les imaginais pas comme ça... Avec Guillaume, nous commençons à imaginer ce qui a pu se passer. La veille, le plan de la journée était plutôt clair. Nous devions visiter ensemble un autre house-boat et trouver le meilleur trajet pour le trek dans les montagnes. Ils avaient l'air si motivés ! Pourquoi seraient-ils partis subitement ? Le batelier, qui est aussi de mèche pour le house-boat nous explique qu'ils sont partis vers l'ouest à une centaine de Km et à un endroit complètement opposé de ce qu'ils nous avaient indiqué la veille. Et puis, l'homme nous presse, nous incite à nous installer. Mais cette nouvelle nous a refroidi et nous décidons de revenir chez Abdul au calme.
En retrouvant le shikara, l'homme nous laisse à un batelier qui prend une autre direction ce qui nous permet de découvrir de nouveaux coins du lac et d'autres house-boats. Le paysage est beaucoup plus joli. Il y a des nénuphars partout, certains avec des lotus. Nous croisons d'autres shikaras. L'ensemble est très beau. On se croirait presque à Venise. Et puis nous tournons le visage à gauche, un autre house-boat se dévoile, une femme blanche sort la tête, c'est Caroline... Nous sommes perdus mais nous comprenons en quelques instants ce qu'il s'est passé. Le jeune batelier nous a emmené "en barque" jusque dans son propre house-boat. Il a monté une histoire incroyable pour que nous prenions sa chambre. La parade ne fonctionnant pas, il nous a "poliment" donné à un autre shikara vers le "vrai" house-boat où se situait Caroline et Glen ; incroyable. Cet homme a failli changer tous nos plans. Quelle image de Srinagar nous donne-t-il !!
Heureux de retrouver le couple suédo-australien, nous leur racontons l'histoire complètement folle et nous excusons pour le retard. Nous nous installons aussitôt avec eux et rencontrons le propriétaire des lieux qui aurait eu un article dans l'Express, le magazine français. Nous passons la soirée ensemble et rêvons déjà de notre futur aventure dans les montagnes Cachemiris. Demain, nous irons à Sonamarg à plus de 2700 mètres d'altitude.
J + 110 ou les couleurs du Paradis
Le voyage en jeep commence. Tous les indiens rencontrés à Jammu n'ont pas arrêté de nous vanter les mérites du Cachemire : "this is The Paradise", "Kashmir is the best" etc. Nous nous attendons donc à du top niveau. Pour le moment, les routes traversant les montagnes sont dangereuses mais belles. Nous traversons de beaux paysages mais nous sommes loin du "paradis". Ce qui me marque le plus est bien évidemment la présence militaire. Les quelques garnisons de Jammu ne sont rien à côté de ce que nous voyons sur la route. Chaque passage difficile sur les flancs de montagne crée des bouchons, la faute à la centaine de camions militaires qui se déplace vers le sud. On ne sait rien des tactiques employées. Mais dans tous les cas, ça bouge beaucoup et les replacements sont permanents.
A peu près 100 000 hommes sont présents au Cachemire pour défendre l'Inde en cas d'attaque du Pakistan. Je pense avoir vu plus de militaires en 8 heures de jeep qu'à la télé dans toute ma vie. Pourtant l'ambiance est plutôt zen. Les militaires font la circulation, nous font des sourires au "pit stop" ou s'endorme doucement dans un virage caché. En arrivant dans les hauteurs, les paysages se dévoilent, quelques plantations de riz nous indiquent que nous ne sommes pas dans un pays d'Europe. Et puis d'un seul coup, arrêt du véhicule. Un militaire s'approche du chauffeur et lui indique la voie à suivre. Nous montons vers un barrage routier où sont contrôlés quelques véhicules. J'espère juste qu'ils ne vont pas déballer tous les sacs. Mais a priori, je ne crois pas avoir acheté une bombe artisanale récemment. Le chauffeur nous indique de descendre rapidement, mais seulement Guillaume et moi. En sortant, les militaires font mine de nous fouiller pour faire leur boulot. Ils regardent nos passeports, le coffre de la voiture et c'en est fini. Quelques minutes plus tard, nous repartons.
Nous nous approchons du Cachemire et à présent, c'est chaque virage qui est couvert par un militaire, impressionnant. Et puis un autre barrage routier. Nouveau contrôle des passeports juste pour les étrangers. Le type en face de moi fixe mon casque audio que j'ai autour de mon cou. Il veut écouter de la musique. Je lui prête volontiers. Il commence à gigoter sur de la musique française et me demande si je peux lui donner mon iPod. Il a beau être militaire, je refuse prestement lui expliquant la valeur de l'engin. Je suis obligé de lui enlever le casque de la tête pour repartir. Nous reprenons la route et apercevons un tunnel creusé dans la montagne. 15 minutes plus tard, en voyant la lumière à l'autre bout, un panneau nous accueille : "Welcome to Kashmir".
Comme par miracle, le décor a complètement changé comme si le tunnel était la frontière naturelle et le passage obligé avant d'accéder au fameux paradis. Les paysages sont immenses, les montagnes vertes sont à peine pigmentées d'arbustes. C'est une pelouse géante en relief. Et puis, en face de nous, nous scrutons l'horizon qui se dégage. Une vallée immense se dévoile... Des rizières partout... C'est un marécage en puzzle géant qui scintille sous nos yeux grâce au soleil perché en haut dans le ciel. Quel spectacle ! Mieux qu'à Walibi ! Mon appareil photo est sorti et je rêve que le conducteur s'arrête. Impossible, il y a de la route à avaler. 30 minutes plus tard, nous nous arrêtons pourtant pour une pause bien méritée. Le décor est inaccessible alors Guillaume et moi nous attardons sur des cerises que nous proposent une dizaine de jeunes indiens qui se précipitent sur les voitures. Ils nous montrent différents boxes de taille différentes, les cerises sont appétissantes, bien rouges et grosses. Le prix négocié descend à 50 roupies (soit moins d'un euro pour un boîte de dimension 20x15x10 cm !!). On saute sur l'occasion. Je prends la boîte mais j'ai un doute. Je commence à soulever les premières cerises appétissantes, dessous, d'autres cerises apparaissent, plus petites. Alors, je continue ma fouille. Les indiens à la fenêtre commencent à s'exciter en réclamant rapidement le billet que cherche Will dans son porte-monnaie. J'arrête tout de suite Guillaume lorsque je vois au milieu de la boîte de minuscules cerises toutes blanches. Nous renvoyons la camelote illico et fermons les fenêtres. Encore une arnaque évitée.
Le conducteur revient doucement vers le 4x4, dans quelques heures, nous serons à Srinagar, la ville des houseboats...
11 juin 2008
J + 109 ou la guerre froide des chauffeurs
Nous partons assez tôt le matin pour atteindre rapidement la ville de Jammu (environ 10 heures). Nous avons entendu parlé d'une rumeur de grève des chauffeurs de bus car l'inflation extraordinaire (+11% en 5 mois) dû en partie à la hausse du prix du baril de pétrole touche indirectement tous les métiers du transport. L'état du Jammu & Cachemire (J&C) est donc immobilisé et cela ne nous arrange guère. La cité d'Amritsar est située à la quasi frontière du J&K, nous devons donc nous méfier sérieusement des propositions faites. En soirée, nous rejoignons Jammu, la capitale de l'état en conflit. La ville est un avant-poste militaire. Beaucoup de garnisons y vivent. Dans le bus, nous avons la chance de rencontrer deux personnages intéressants ; Glen Baghurst et Caroline Ingvarsson, respectivement australien et suédoise. De nature très ouvert, ce couple fonctionne comme nous : un peu à l'arrache.
Par chance, nos plans s'accordent mutuellement. Ils veulent aller à Srinagar puis faire un trek dans les montagnes avant de rejoindre le Ladakh et la ville de Leh. Intéressant, car Will avait ce trip en tête hormis la dernière étape. Espérons qu'on soit sur la même longueur d'ondes sur le reste. A Jammu, nous finissons par trouver un hôtel bas de gamme négocié au rabais. Mais les rumeurs de grève persistent. Le responsable de l'hôtel insiste sur le fait qu'il est impossible de se diriger vers le Cachemire et sur la ville de Srinagar ; et que tous les bus et les jeeps partagées sont inaccessibles. La seule possibilité serait de se lever vers 4 heures du matin car un bus exceptionnel partirait. Trop fatigués par la semaine écoulée, Will et moi décidons de sécher le rendez-vous au contraire du couple suédo-australien, plus courageux que nous...
Les rumeurs n'étant pas erronées, nous profitons dès le lendemain d'une journée "off" dans ce carrefour routier et ferroviaire qu'est la ville de Jammu. Notre seule distraction est Internet ainsi que le "Paradise Bar", avec climatisation où le serveur nous porte la cuiller à la bouche, amusant. Nous cherchons toutes les possibilités de transport pour le lendemain. Toutes les infos qui nous arrivent aux oreilles sont floues. Nous convenons tout de même de nous lever vers 6 heures du matin et d'aller au "bus stand" principal pour trouver un bus. Au réveil, pas de bus mais une jeep. Le prix est assez excessif (450 roupies soit 7 euros pour 300 Km) mais c'est la seule solution. En arrivant vers le véhicule dans une rue quasi-déserte, une incompréhension se lève : le chauffeur démarre le 4X4 sans avoir attendu les passagers et avance au pas vers la rue suivante. Drôle de manoeuvre pour accueillir ses hôtes !! En rentrant finalement dans le véhicule, nous comprenons que la jeep est la cible de chauffeurs de bus en grève. Des jets de pierre ont craquelé le pare-brise avant ! Peu rassurant... Et puis, nous, "on veut juste visiter votre beau pays et faire marcher l'économie locale ! On vous a rien fait !" On nous parle d'un état en guerre froide mais ce sont les chauffeurs de bus qui nous menaçent !
Finalement, le départ se fera sans tracas. Nous commençons donc notre véritable périple vers le Cachemire au milieu d'une foule de militaires...
09 juin 2008
J + 107 ou Bienvenue à Sikh City
Avec Will, j'ai retrouvé les avantages du voyage à deux. La chambre est moins chère, nous nous relayons pour répondre aux gentils indiens ou pour s'en débarrasser et enfin, il y en a toujours un pour rendre service à l'autre. Mais le problème est qu'on doit subir les malheureux caprices que nous concoctent la vie en Inde à savoir les crises diarrhéiques. Et quand ce n'est pas l'un qui immobilise le voyage, c'est l'autre. Mais cette fois-ci, exceptionnellement, nous ne pouvons attendre car nous traînons à Rishikesh depuis trop longtemps et nous commençons sérieusement à tourner en rond. Notre plan est simple : rejoindre la ville d'Amritsar dans l'état du Punjab où se cache le Golden Temple (traduisez le Temple d'Or) puis se diriger vers le nord pour atteindre l'état du Jammu & Cachemire (appelé J&K), le paradis sur Terre selon certains...
Nous passons la nuit dans un train couchette dans une foule d'Indiens en Marcel. Il ne faut pas avoir peur. Nous arrivons, épuisés, dans la capitale du Punjab à quelques dizaines de kilomètres du Pakistan. Au lieu d'un village tranquille, nous sommes agressés à la sortie de la gare par des hordes d'Indiens pour nous amener au Temple d'Or, à l'hôtel ou ailleurs. Notre première réaction est forcément négative. La ville est bruyante, sale et sans charme. Nous avons vite envie de nous sauver vers le nord. Mais tout de même, la photo du temple dans les guides semble belle, il faut insister.
Toute la ville est concentrée autour de l'édifice qui n'est visible qu'à l'intérieur d'un grand Ashram blanc. Le plus impressionnant est sans doute de voir autant de turbans dans un espace aussi confiné. Les jeunes Sikhs portent eux aussi le foulard mais à la manière des Schtroumpfs avec une bosse devant. Le lieu est sacré si bien qu'il est interdit de fumer dans les rues autour de l'Ashram dans un rayon de 500 mètres, ce qui agace Will. Et à chaque cigarette allumée, les remarques fusent : "allez plus loin". Mais avant de rentrer et découvrir le symbole du Sikhisme, nous tentons de trouver un logement pour la nuit. Les hôtels sont tous miteux et écoeurants dans des rues nauséabondes. La seule solution est donc de trouver refuge à l'Ashram où les étrangers sont acceptés dans des petits locaux type dortoirs. C'est très rudimentaire et assez limite mais le fan fonctionne et par cette chaleur, c'est bien le plus important. Il n'y a pas de salle de bains, il faut donc traverser une des cours intérieures où dorment au sol à peu près 400 indiens. Et puis en arrivant vers les "salles" d'eau, tout est en travaux, tout fuit, tout pue. Les odeurs sont trop fortes pour que je puisse avancer un pas de plus. Je recule et cherche un autre endroit, tant pis s'il faut marcher une demi-heure en pleine nuit, je n'irais pas me sacrifier dans un tel cauchemar que les indiens acceptent aussi facilement que dormir à même le sol pendant des jours. Ils sont incroyables mais ne peuvent pas faire autrement tellement ils sont nombreux. Après s'être installés, nous nous permettons une petite sieste récupératrice.
C'est l'après-midi. Nous nous dirigeons vers la dorure. Nous enlevons nos tongues et portons le foulard sur la tête pour rentrer gratuitement dans l'antre des Sikhs... Dès l'entrée, nous sommes scotchés par une femme qui boit l'eau marron dans laquelle nous "purifions" nos pieds. Et puis l'or apparaît...en plein milieu d'un étang faisant la taille de 2 terrains de foot. Je tombe des nues devant cet édifice qui reste à ce jour le plus beau à mes yeux de toute ma vie. Quel oeuvre d'art ! Quel chef d'oeuvre ! Le plus impressionnant n'est pas que la couche d'or qui couvre en intégralité le temple, mais c'est aussi l'environnement autour, les rituels des Sikhs, l'espace alloué et le calme complet alors que des dizaines de milliers de personnes nous entourent. Une sorte de muezzin "chante" des prières dans un haut-parleur. Et puis nous tournons autour de l'étang parfumé de gros poissons rouges et défendu par des gardes à la lance. Toute cette mascarade est un film à la Indiana Jones, certains ont des couteaux, d'autres des sabres, retour en arrière. Je lis dans le guide qu'Amritsar fut la dernière étape de la vie d'Indira Gandhi et qu'elle fut assassinée par ses propres gardes Sikhs influencés par les indépendantistes Punjabis de l'époque ; Indira refusant l'autonomie complète des Sikhs en Inde.
Je prends de multiples photos dont quelques-unes comiques avec les gens au turban. Bon esprit. La nuit commence à tomber et plus la lumière change, plus le bâtiment brille au milieu de tout. Chaque heure est différente. Chaque cliché du temple est une nouvelle peinture. Nous nous arrêtons là, demain est un autre jour...
02 juin 2008
J + 100 ou la méditation tennistique
Nouvelle étape dans mon parcours au sud-ouest de l'état de l'Uttaranchal (au nord de Delhi), Rishikesh est le haut lieu du Yoga et de la méditation en Inde et même à l'international. Les Beatles y ont même séjourné quelques temps leur permettant, au passage, d'écrire quelques chansons à consonance indienne... Ici, vous avez des Ashrams dont les noms commencent tous par "Sri", des Gourous parfois un peu rouillés et inaudibles, le fleuve du Gange qui a déjà sa couleur brune alors qu'il sort à peine des montagnes, ses Ghâts (les beaux escaliers qui vont jusqu'au bord du fleuve), des temples Hindous et des hôtels partout. L'ensemble, fort joli lorsque vous traversez le pont dansant qui mène sur l'autre rive, s'enrichit d'une population très variée : des milliers de Sadhus (voir post J + 92), des touristes de Delhi, des occidentaux tatoués, des familles de singes, des turbans de Sikhs et bien évidemment les immanquables vaches qui souillent les allées touristiques ; tout y est, excepté le calme nécessaire à une méditation transcendantale... Oh, je suis mauvaise langue ! En effet, chaque hôtel ou guest-house propose à ses clients des cours de Yoga et de méditation et installe des salles à cet effet. Et les Ashrams de Rishikesh sont plutôt réputés pour leurs sessions...
Mais moi, j'ai du mal à m'y intéresser même si je sais que cela comporte des vertus. En ai-je vraiment besoin ? Les sorties rafting proposées m'intéressent plus mais le Gange est loin de me faire peur ici. Les "Rafters" (petite pensée pour Patrick) ont même le temps de se baigner à côté du bateau censé les bousculer. Il y a aussi des tonnes de magasins proposant toutes sortes de produits ayurvédiques (huile de massage, organic products, encens et j'en passe). J'ai vite fait le tour et puis ces tonnes de touristes abrutissants m'amènent loin vers les plages naturelles du nord au bord du Ganga. Là, s'installent des Sadhus faisant leur lessive ou des indiens se baignant joyeusement dans l'eau opaque. Ce n'est pas le calme complet mais l'image est intéressante ; une plage de sable fin au pied de l'Himalaya. Je rencontre alors à l'ombre d'un arbre fruitier, Anil, un jeune professeur d'école de 27 ans. Il veut une photo de moi pour changer. J'accepte. Nous parlons et le vieux Sadhu qui vient de terminer son linge s'attache à la conversation. Et tous les deux parlent en Hindi avec des grands gestes. Et puis, un troisième Sadhu, beaucoup plus jeune, finit par compléter l'équipe. Ce dernier a une vrai "gueule" d'acteur. Je ne m'y trompe pas car Anil me dit qu'il ressemble beaucoup à John Ibrahim, une star de Bollywood. Le Sadhu acquiesce. Et lorsque le soleil se fait moins pesant, nous nous disons "au revoir"...
Lorsqu'on revient dans la folie des rues de Rishikesh, on tombe sur ce spectacle qui ne paye pas de mine qui a lieu deux fois par jour au bord du fleuve ; une centaine d'enfants de 6 à 16 ans, habillées d'une tenue orange, le crâne rasé (ils ont tous une tresse noire sur l'arrière) frappent dans leurs mains sur un rythme soutenu en donnant la réplique à deux chanteurs adultes assis sous la porte d'un temple. Tout ceci sous les yeux de la statue de 3 mètres de Shiva. Difficile d'échapper au rythme, alors on frappe dans les mains à notre tour et on s'emballe ! Lorsque la nuit tombe, lorsque les indiens aux pieds nus s'affairent autour des petits hommes et lorsque vous voyez le Gange couler à quelques mètres en-dessous, le spectacle vaut le détour. On est bien en Inde...
Mais rien de tout cela ne me fera oublier les courts en terre battue de Roland-Garros. Pas de chance, à Rishikesh, on ne capte pas...
29 mai 2008
J + 96 ou les plaisirs de la solitude
Mon voyage continue à travers l'Himalaya. Avant d'embrancher définitivement vers le nord, je m'arrête à Nainital où Guillaume s'est caché pour méditer. Dès l'arrêt de bus, je comprends pourquoi cette station est réputée jusque dans le sud de l'Inde. Le lac est enfoui entre cinq montagnes et les habitations de l'ancien empire britannique s'élèvent partout au-dessus de nos têtes. Tout simplement beau. Décidément l'Inde me réserve des surprises en permanence. Je trouve une chambre chez un Sikh qui m'accueille en jouant à un vieux Tetris sur une petite télé. Etonnant. Le prix (500 roupies, plus de 8 euros) m'empêche de rester plus d'une nuit ici.
C'est la saison et le tourisme s'est plutôt bien implanté ici. C'est même oppressant. Il y a des hôtels partout et les prix s'enflamment. Les riches indiens, venus de Delhi pour la plupart, se gavent d'ice cream, de photos mal cadrées, de souvenirs de fausses marques de vêtements. Je les appelle "les touristes arrivistes". Les jeunes branchés (ils passeraient pour des gros ringards en France, chacun sa mode...) versent leurs déchets par terre et crachent en permanence. Tout cela m'écoeure surtout en pleine nature. La visite du Snow View, un téléphérique menant droit vers une vue sur les montagnes blanches est loin de valoir son prix (100 roupies soit 1,60 euros). En haut, les gens préfèrent rester autour des espaces de jeux et d'attrape-touristes plutôt que d'admirer la piètre vue tout de même satisfaisante lorsqu'on passe son année entre quatre murs. Une nuit suffira malgré le cadre, les langurs (des singes énormes à face noire qui font trembler les tôles quand on les chasse) et les bons restos pas cher ambiance "vieux voisins qui se connaissent par coeur". J'ai quand même la chance de rencontrer une tibétaine sur le marché local. Elle m'explique qu'ils sont 200 réfugiés ici depuis plus d'une génération. Je parle un temps avec elle sur les conditions des tibétains et les soutiens qu'ils peuvent avoir. Les indiens s'en fichent totalement. Seuls les occidentaux se sentent concernés. Alors, je lui achète le drapeau du Tibet grandeur nature (2,50 euros) pour aider les associations locales à se battre pour une autonomie que réclame le Dalaï Lama. Je me dis aussi que c'est une solution plus satisfaisante que l'indépendance totale.
Tôt le matin, je décide de me diriger vers Kausani, un village réputé pour sa magnifique vue (je l'espère !) sur les grands sommets de l'Uttaranchal et notamment sur le Nanda Devi qui pointe à 7800 mètres. Sonia Gandhi elle-même s'est reposée ici. Je vais enfin pouvoir échapper au tourisme de masse. Trois bus sont nécessaires pour rejoindre ce lieu. Mais dès le deuxième, je suis subjugué par la beauté du décor. Je traverse en flanc de montagne des vallées incroyablement belles. Pas d'autoroute et pas d'industrie lourde pour détruire le paysage, juste la bien-nommée rivière Kosi et ses plages de sable décorées par des galets blancs immenses. Parfois, j'ai l'impression d'être dans les Pyrénées et 30 minutes plus tard, c'est le Mexique qui me vient en tête avec ses cactus de bord de routes et ses montagnes arides. C'est hallucinant car je m'enfonce dans l'Himalaya mais rien ne m'indique que ça va monter un jour. On reste cloisonné entre des sommets à 3000 mètres maximum. Et cela dure des heures et des heures de routes escarpées non protégées. Parfois, je me demande même si ça va passer avec le gros camion qui nous attend en face. Et puis pendant 30 minutes, plus une voiture, plus une moto qui nous dépasse ; juste le bus, la route, et cette immensité. Les chansons d'Haridwar défilent à tue-tête dans le carosse ce qui m'incite à mettre mon casque. L'ambiance locale c'est sympa, mais y'a des limites. J'arrive en fin de journée sur le site. Je monte sur le toit du bus récupérer mon sac par habitude. Je commence à devenir un vrai routard, moi, Simon.
Je trouve une chambre pas cher avec une vue imprenable sur les sommets enneigés, bien mieux qu'à Nainital ! Là, on peut dire que je suis peinard. Mon téléphone indien ne marche plus, Internet est au village et je suis à 2 kilomètres de celui-ci. Il n'y a même pas de quoi se restaurer aux alentours et seul un cuisinier venu de Kolkatta (Calcutta) peut me confectionner quelques Dals (la spécialité locale, toujours à base de riz) lorsque mon estomac le réclame. Je passe deux nuits ici, trop peu pour moi. J'aurai quand même eu le temps de savourer mes petites ballades locales au milieu des plantations de thé où je rencontre des paysannes aux yeux bridés, des chiens non accueillants ou des vaches qui sursautent en m'apercevant (véridique !). Ici, je suis plus qu'ailleurs un "étranger". L'anglais est une langue qu'on ne maîtrise plus. Cela fait 5 jours que j'ai quitté Guillaume et je n'ai aperçu que quatre blancs ; un couple de québécois cherchant une chambre à Nainital, un brésilien roots à Almora lors de ma traversée et une hollandaise de 40 ans, installée dans une jolie demeure depuis plus de 10 ans à Kausani. Pas bête.
Dès le matin, le manager local m'explique qu'il est impossible de rejoindre ma prochaine étape (Karnaprayag encore plus au nord) aujourd'hui car les bus sont déjà partis plus tôt dans la matinée. On verra bien. Dès que la nuit s'installera, je trouverai bien de quoi me loger. Alors au lieu des bus du gouvernement, je m'installe dans une "jeep partagée" où je paye 10% de plus. On tente de rentabiliser le pétrole au maximum (le prix à la pompe est 0,60 euros le litre d'essence). J'ai compté, nous sommes 17 dans la voiture qui peut contenir 10 personnes grand max. L'un d'eux est allongé sur le toit. Et j'ai cet abruti d'indien qui baragouine 4 mots d'anglais qui respire la stupidité juste en face de moi. 20 minutes lui suffisent pour que je passe d'un état d'homme heureux à un état limite prêt à la castagne. "Il est con, tout simplement" me suis-je dit afin de me calmer. Parfois, ça arrive... Je rejoins une deuxième jeep, enfin libéré du poids d'un seul homme sur 17. Puis je reprends deux bus. J'arrive finalement à destination vers 19 heures. Karnaprayag n'est pas un coin connu et reconnu par les guides mais je trouve l'endroit plutôt joli car deux rivières se rejoignent. L'une, bleue azur, affronte l'autre, grise et toutes les deux se rebellent pour définir quelle couleur l'emportera. La grise prédomine finalement avant de rejoindre les eaux du Gange à quelques centaines de kilomètres de là. Je trouve une famille accueillante qui démarre une guest-house. La mère et la fille sont impressionnées par ma venue. Elles rient en se cachant. C'est tout de même impressionnant l'effet qu'on peut produire ici. Leur fils de 17 ans, lui, n'est pas du tout impressionné, au contraire, il cherche des réponses à des questions. Nous passons une bonne partie de la soirée ensemble jusqu'à ce que son père lui ordonne de me laisser tranquille. Au petit matin, je les laisse et ils se réunissent tous les quatre pour me dire au revoir. Chaque rencontre est une bénédiction mais chaque départ est une déchirure. J'aimerais passer plus de temps avec eux, les connaître davantage mais c'est impossible. Je rejoins Rishikesh, point de rendez-vous fixé avec Guillaume, le soir-même. La solitude a du bon mais je ne suis pas mécontent de revoir une tête connue...
25 mai 2008
J + 94 ou la réalité des rêves
Ca y est. Nous voilà enfin partis en direction de la chaîne de l'Himalaya. En Inde, quelques sommets dépassent les 8000 mètres d'altitude. Le Nanda Devi, le plus haut sommet de l'état de l'Uttaranchal, nouvelle étape de notre parcours, atteint les 7800 mètres d'altitude soit 3000 mètres de plus que le plafond de l'Europe, le Mont-Blanc (4810 mètres à présent). Autant dire que nous ne jouons pas dans la même catégorie. Mais attention, l'Inde est un pays chaud et les neiges ne s'aperçoivent pas à 3000-3500 mètres d'altitude en été comme en Europe, mais bien plus haut !
Arrivée à la gare d'Haldwani en fin de journée. Il est trop tard pour atteindre les lacs plus au nord. Nous prenons donc une chambre pour deux avec Will. Le lendemain est le jour de notre séparation. Lui doit partir pour Nainital pour 10 jours de spiritualité intensive ; mon projet est de rejoindre la petite station de Naukuchiyatal (littéralement "le lac aux 6 côtés") afin de trouver le premier coin peinard de mon séjour en Inde. Après quelques heures de chemins escarpés limite dangereux dans un bus "flambant vieux", je pose les pieds dans un village paumé. Et après quelques centaines de mètres, je découvre avec joie le petit lac perdu dans les montagnes situé à 50 kilomètres du Népal à vol d'oiseau...
Tout, ici, est splendide. Les gens ont des traits qui sentent la montagne, les odeurs des "oak forest" me rappellent les Alpes en été, les restaurants et hôtels ne sont pas touristico-agressifs et le lac plante le décor au milieu des montagnes qui voilent la vue sur les vallées du sud... J'ai toujours rêvé de passer des mois voire des années entières dans un coin paradisiaque à écrire ou à méditer sur la vie sans soucis matériels. Je ne pensais pas qu'en arrivant ici, mon rêve pouvait devenir réalité...
Après avoir jeté un coup d'oeil au dortoir peu accueillant du Tourist Rest House, je choisis de traverser le petit pont du lac qui me mène droit vers le "Garden Nest", un petit hôtel mal foutu mais avec des chambres correctes. Lors de ma classique négociation à l'étage, je remarque que le manager, un homme de 51 ans qui en fait 10 de plus, semble usé. Je lui fais comprendre que je suis seul et qu'il m'est impossible de suivre des tarifs de chambre double (puisqu'il n'a pas de chambre simple). Je tente de le raisonner en lui expliquant que je reste en Inde 5 mois et que je dois restreindre mes dépenses au maximum. Il contre et m'indique la magnifique vue sur le lac et qu'on entre en saison haute. Je n'ai toujours pas décidé et je redescends au rez-de-chaussée pour prendre un Tchaï dans sa petite salle qui lui sert de restaurant. Il s'assoit à ma table et nous commençons à discuter d'autre chose. A nouveau, l'atmosphère me plaît et j'hésite à partir pour chercher autre chose. De plus, cet homme semble bon et honnête. Nous finissons donc par trouver un accord bien en-deçà de ses espérances initiales mais légèrement au-dessus des miennes.
Je m'installe et profite un instant de la vue remarquable par la fenêtre. Et puis un rapide coup d'oeil dans la chambre me fait sauter au plafond. Tout est sale, il y a des toiles d'araignées partout, plein de mouches mortes traînent par terre, je trouve du dentifrice collé partout dans la salle de bains, des toilettes sales, des cheveux sur les oreillers. Cette chambre n'a pas été nettoyée ou alors... Je redescends et c'est le fils du manager que je trouve. Il a 13 ans à peine et remonte avec moi. 30 secondes lui suffisent pour "nettoyer" la chambre. OK. Je vais mettre les choses au point. Je ne suis pas un adepte du nettoyage mais je dois réagir à ce genre de situation. J'ai peur de me montrer agressif mais il y a de l'abus. Alors, chacun de mes ordres est exécuté à la seconde. 40 minutes plus tard, la chambre est présentable et surprise, le petit me remercie pour cette "leçon".
Cette situation, complètement banale en Inde, a fait naître chez moi un sentiment d'investissement dont je ne me serais pas senti capable. J'aimerais tellement les aider et leur faire comprendre des trucs simples et efficaces pour attirer le chaland. Ce propriétaire a de l'or entre les mains mais ne s'en rend même pas compte. 6 chambres composent l'hôtel, quatre sont vides. L'hôtel possède un toit avec une vue imprenable sur le lac mais il est sale et sert de débarras. Le restaurant au rez-de-chaussée ressemble à une prison et nécessite un bon coup de peinture. Le jardin, derrière, est en hauteur et possède des huttes pleines de charme mais complètement envahies par la végétation. Enfin, l'hôtel est situé juste à côté du point de vue principal où tous les touristes s'arrêtent. Mais que fait-il de ses journées ? Je redescends vers le petit pont et croise à nouveau le manager qui plane en regardant le lac. Je ne peux m'empêcher de lui faire des remarques sur son hôtel et de m'intéresser à son "business". Combien d'employés ? Combien sont-ils payés ? Quel est le chiffre d'affaires du restaurant et de l'hôtel ? A-t-il des prêts bancaires ? Mon côté "école de commerce" ressort en plein jour et je le mets rapidement à l'aise si bien que j'ai le droit à de petits détails qui peuvent faire la différence sur son affaire. "Qu'est-ce que je fais ? Suis-je en pleine mission de consulting ? Pour qui tu te prends avec tes grands airs ?" J'en apprends plus sur sa vie en 3 minutes que ce que connaissent ses propres enfants. Et dans un éclair de naïveté, je lui propose de l'aider et de travailler pour améliorer l'hôtel-restaurant mais qu'en échange, il me nourrisse et m'héberge gratuitement. Sans aucune hésitation, il accepte et me donne les clés de l'hôtel. Hallucinant.
Alors je réplique et lui dis que c'est lui le manager et qu'à présent, je travaille pour lui. J'ajoute qu'on fait un test d'un jour puis d'une semaine puis d'un mois si tout se passe bien. Ce lac m'inspire tellement que je pourrais y rester toute la vie mais la suite va bien évidemment me donner tort. Au lieu de s'investir comme patron comme il a l'habitude de faire, il préfère une organisation bicéphale dont je serais le deuxième larron et que seul Dieu est propriétaire. Qu'ai-je dit pour qu'il ait autant confiance ? Investi dans ma nouvelle mission de super bras-droit d'une journée, toutes mes suggestions sont prises au sérieux. Certaines sont même exécutées sur le champ (par exemple "ce serait bien s'il y avait toujours quelqu'un à l'accueil pour accueillir les gens au lieu d'un no man's land répulsif"). Les employés se mettent à travailler deux fois plus et gardent le sourire malgré tout. L'un d'eux est presque trop respectueux envers mes faits et gestes. En une après-midi, je suis passé de client sans-le-sou à patron d'hôtel qu'on respecte.
Tout ceci est étrange. Comment peut-on faire confiance à un inconnu qui débarque ? Est-ce parce que je suis blanc ? On m'offre à boire et à manger comme un prince à qui on doit tout. Mais je n'ai encore rien fait à part une série de propositions orales. Le manager a des sous de côté et m'invite à faire les achats nécessaires dans la vallée du côté d'Haldwani et même jusqu'à Delhi s'il le faut. Je lui propose de repeindre toute la bâtisse, d'installer un vrai restaurant sur le toit avec des plantes, une ambiance feutrée avec bougies etc. Il boit mes paroles comme un professeur qu'on admire. J'en suis gêné voire effrayé. Le soir, je commence à cogiter sérieusement sur ma proposition et me rappelle combien je suis impulsif et idéaliste... La visite de jeunes touristes indiens me remet alors définitivement vers le droit chemin. Il me prenne en photo et termine en me demandant comment je fais pour rester ici plus de 2 nuits. Je leur réponds, qu'ici, tout est beau y compris les gens. Mais même si je suis sincère, je cogite encore plus sur ma réelle capacité à rester dans un coin paumé de l'Himalaya, seul au milieu de tout. Et pourquoi pas apprendre rapidement la langue ? non, arrête ton délire Simon. Réagis. Ces gamins ont raison. Tu vas te faire chier tout simplement...
Pramod Karnatak, le manager, m'offre un rhum vers 22 heures. Il me raconte alors toute son histoire, ses 2 femmes, ses 4 enfants, l'achat de l'hôtel, sa dépendance à la drogue douce, ses pertes de mémoire, l'italien Marco qui est resté 3 mois ici, ses croyances et l'hindouisme. Il est usé et serait prêt à rester peinard jusqu'à la fin de ses jours. Cet hôtel est un poids qu'il va s'empresser de redonner à ses enfants dès leur maturité mais aujourd'hui c'est l'éducation qui prime. Toutes ces histoires ne concordent pas avec ma vue d'esprit si compétitive et si portée sur l'argent. Je regarde à nouveau les employés travailler et leur comportement. Ils jouent avec les enfants. Les voisins viennent et repartent avec toujours les mêmes habitudes. Je ne vais pas changer tout ça. Je ne peux pas changer tout ça. Je n'ai pas le droit de changer tout ça ! Alors je lui parle et lui explique ma vision des choses, que je ne peux pas rester pour toutes ces raisons et que je crois que la saison sera bonne et encore meilleure les prochaines années (la classe moyenne indienne est une famille qui s'agrandit très rapidement !). Surtout, je lui explique que je ne suis pas convaincu d'accepter cette solitude. Il comprend et nous finissons par des "Namaste" successifs (le signe du respect en Inde du Nord essentiellement). Malgré tout, il ne veut pas que je paye la chambre, je refuse. Qu'ai-je fait pour mériter ça ? Je m'en veux de m'être enflammé si rapidement mais que voulez-vous, je décide avec mon coeur avant de décider avec ma tête.
Le lendemain, je prends son numéro. Il insiste pour que je revienne prochainement mais sait très bien que je ne reviendrai pas. Deux jours seulement auront suffi pour créer cette relation privilégiée avec cet homme qui restera à jamais gravé dans ma mémoire...
Anecdote : Un des enfants de Pramod m'a demandé pourquoi parfois les blancs coloraient leurs cheveux en jaune. Il ne m'a pas cru lorsque je lui ai dit que c'était naturel...











