08 avril 2008
J + 47 ou une rencontre inattendue
Mon dernier jour à Chennai m'a donné le droit de réfléchir autrement à tout ce qui m'entoure. En effet, lors de ma recherche d'ONG, et sous les conseils de ma grand-mère (merci Mamie !), je me suis rendu au Loyola College, une grande université indienne qui, au passage, est en partenariat avec l'ESC Bordeaux. Là-bas, au fin fond d'un petit jardin, je rencontre un jeune indien à qui je demande ma route afin de trouver la fondation du Père Ceyrac. Cette fondation lutte depuis des décennies contre les mauvaises conditions des intouchables et bien d'autres projets encore. Il finit par m'indiquer une porte avec pour seul plaque "Father Ceyrac's room". Je suis inquiet. Est-ce sa demeure ? Je n'ai pas pris de rendez-vous, je viens pour avoir des infos et on m'invite à attendre dans la chambre du Père Ceyrac ! Merde. J'insiste pour ne pas le déranger, il doit avoir 94 ans aujourd'hui. Mais le jeune indien me montre une chaise pour m'asseoir. J'attends. Et puis en attendant, j'ai le temps d'observer sa chambre. Beaucoup de vêtements légers sont étendus partout sur les chaises. Sa moustiquaire est mal mise, son bureau est un bordel organisé, des livres traînent partout. J'aperçois un livre de Henry Bauchau, des discours du Pape, "les 4 évangiles". Et puis, il y a un vieil ordinateur qui ne doit plus servir mais qui reste là comme un vestige des projets du passé. Contre le mur, un tableau véléda à peine exploité où est écrit "50 X 75 familles = 3250 Rupees". Cherche t-il des financements ?
Le jeune indien revient et m'annonce que le Père Ceyrac m'attend. Je me lève puis traverse un couloir où j'aperçois au bout un vieil homme et sa canne. C'est lui. Je suis un peu nerveux tout de même lorsqu'on sait qu'on va s'entretenir avec quelqu'un qui a rencontré Mère Térésa et le Mahatma Gandhi pendant ses jeunes années (voir sa page sur Wikipédia). Et puis, j'avais lu un de ses livres il y a quelques années qui m'avait marqué. La première chose qu'il me dit est que j'aurai dû prendre rendez-vous car cela m'aurait permis de ne pas attendre. Il pense à moi avant de penser à lui malgré son vieil âge. Respect. Nous nous installons dans le "parloir" et commençons à faire connaissance. Le Père Ceyrac semble faible mais a toute sa tête en dépit des quelques trous de mémoire qui perturbent la conversation. Au lieu de tergiverser sur son glorieux passé, il me pose des questions de toute sorte sur les raisons de ma venue en Inde, sur ce que je fais dans la vie, sur ce que j'ai pu voir ou rencontrer. Il connaît très bien Madeleine De Blieck, la belge fondatrice de "Volontariat" à Pondichéry qui m'avait époustouflée. En plus d'être extrêmement curieux, il est pro-actif et m'explique les derniers projets en cours, de sa fondation. Trop âgé pour mener à bien les missions, le Père Ceyrac suit avec attention et garde un avis consultatif important. Après 2 heures passées en tête-à-tête, je ressors de la pièce avec une nouvelle adresse près de Madurai dans le sud du Tamil Nadu où se prépare un nouveau projet pour réaliser un grand centre de production de confitures (que les indiens ne savent pas faire). Mais je retiendrai surtout de cette entrevue 2, 3 conseils simples mais ô combien essentiels pour travailler et faire avancer des projets humanitaires.
Mon passage à Chennai n'aura donc pas été inutile. Je découvre et j'apprends. Mon petit périple de 6 jours s'est terminé aujourd'hui (mon passage à Kancheepuram où je fus seul au monde ne fut pas très marquant) avec un sentiment général de grande satisfaction. L'aventure ne me fait pas peur, au contraire j'en réclame. Pendant une semaine, j'ai eu la chance de rencontrer des gens formidables dans les restaurants, les hôtels, les bus ou dans la rue (j'ai accumulé une dizaine de cartes de visites tout de même !). L'Inde me fait vibrer. Les surprises sont à chaque coin de rue et ce n'est pas fini...
05 avril 2008
J + 44 ou la journée remplie de petites surprises
Je pars, avec beaucoup de tristesse, de cet endroit qui m'a fait rêver pendant 2 jours. Plus que l'ambiance apaisante de l'endroit, je fus subjugué par l'accueil de Frida, la vieille dame aux cheveux blancs rasés. Quelques discussions auront suffi pour qu'elle m'invite dans sa chambre où elle tenta hier d'endormir son petit-fils. Elle avait besoin de parler et je semblais être la cible idéale pour l'écouter. Moi qui cherchait à rencontrer la "vraie" Inde, je suis servi. Elle me raconta son histoire depuis la construction de sa maison en 1983 jusqu'au Tsunami en 2004. Entre-temps, elle n'oublia pas de me dire discrètement (par peur que sa fille entende) qu'elle n'aime pas son gendre et que sa fille n'est, en fait, pas sa véritable fille. Interloqué par de telles révélations que même le "Guide du Routard" ne connait pas, je devenais chasseur de potins... Frida m'avoua alors qu'en 1981, elle est allée chercher dans un orphelinat Emily, l'enfant qui allait devenir sa fille. "Does she know about this story ?" demandais-je alors. Non, me répondit-elle. Emily a aujourd'hui 27 ans et un enfant. Loin d'être un drame familial, je comprends mieux l'attitude de Frida envers les étrangers qu'elle doit rencontrer toute l'année et qui fait sa réputation jusque dans un guide. Elle aime les gens et m'explique qu'elle aime être en paix dans un environnement sain et que son gendre est loin de cette définition. Compris.
Je laisse à Frida, sa fille et son petit-fils un seul "Au revoir" en Tamoul en guise de présent. En échange, ils me laissent leur sourire et un paquet de souvenirs. Quelques heures plus tard, retour à la réalité : je découvre Chennai et ses 6,7 millions d'habitants (3 fois plus que Paris sans sa banlieue). J'ai besoin de 2 bus et d'un autorickshaw pour arriver à destination : Paradise Guest-House en plein Triplicane, un grand quartier du centre de Chennai. Rien ne me choque réellement hormis la pollution qui infecte nos naseaux. La première impression n'est ni mauvaise ni bonne, je commence à m'habituer, c'est tout. Les buildings sont plus hauts qu'à Pondichéry, il y a bien plus de monde, de circulation, de bouchons, de mendiants, de pauvres qui dorment par terre, de saleté, de bruits. Bref, un bon petit mix qui ne laisse pas indifférent tout de même. Les plus sensibles boucheront leurs nez et fermeront leurs yeux. Chennai fait partie des 4 plus grandes villes d'Inde avec Delhi, Calcutta (Kolkatta) et Bombay (Mumbai). Lorsqu'on y est, on aurait envie de repartir tout de suite. Mais je ne suis là que pour 2 jours, alors autant profiter des belles choses que cette ville me réserve.
Je découvre ma nouvelle chambre avec toilettes "western" intégré ! C'est la première fois que j'ai mes propres toilettes depuis mon arrivée en Inde. Par contre, toujours pas d'eau chaude. Je m'en fiche, je n'y ai toujours pas goûté et je commence à m'en accommoder. En m'installant, je demande le prix pour confirmer. Le jeune indien me répond "300". Trop cher. Je m'attendais à 200. Je redescends avec mes sacs et parle avec le patron qui accepte de me louer la chambre pour 250. Toujours trop cher, je fais mine de partir lorsqu'il me rattrape et m'explique qu'il accepte à 200 mais qu'il ne faut pas le dire au guide que je tiens entre les mains (en l'occurrence le "Routard" qui indique 200 pour une single room). Marché conclu. Je reste. Quelques minutes plus tard, je dévale Triplicane High Road à la recherche d'un petit resto. J'en trouve un, sympathique et riches de multiples plats indiens. Pourquoi pas un petit Masala Dosai ? Ces sortes de crêpes remplies de légumes divers avec des sauces fabuleuses et épicées. Banco ! En sortant, je me dirige vers Marina Beach, LE lieu à visiter à Chennai. Des étudiants à Mahabalipuram m'ont conseillé d'y aller. Marina Beach est la deuxième plus grande plage du monde derrière celle de Rio. Impressionnant. En effet, tant en largeur qu'en longueur, il ne faut pas être pressé. En me dirigeant vers la mer, une dizaine de lycéens joue au cricket, le sport national. L'un d'eux, vêtu d'un maillot avec un nom imprimé derrière, vient me chercher pour discuter. Tous, alors, se rapplique vers moi pour me serrer la main. Certains m'appellent "Michael", je dois avoir une tête d'américain. Et puis, ils continuent à jouer alors je leur demande s'il est possible d'en taper une. Le cricket ressemble un peu au Base-Ball, vous tapez dans une balle plus molle avec une sorte de batte plus plate que la batte de base-ball. Et comme le fameux sport américain, certains doivent attraper la balle en l'air et la renvoyer au petit poteau installé au centre (au lieu des "bases" pour le base-ball). Je tente et retente, rien n'y fait, je suis nul. Je demande quelques conseils au leader et après 7 tentatives, je réussis l'un des plus beaux missiles de la journée. Tous les jeunes applaudissent !! Cool.
Ma marche continue et s'arrête lorsque les vagues s'échouent sur mes pieds. En bord de mer, c'est la folie. Des familles, des classes d'écoles, des marchands de poissons, de gadgets, de bonbons, de boissons fraîches, de tchaï donnent une allure de mini ville, loin de la circulation bruyante. Je prends quelques photos et profite des rires des enfants qui jouent avec les vagues, du calme des couples amoureux, de la patience des pêcheurs avec leurs filets et de la beauté des indiennes en sari qui longent la plage. Incredible India... Je retourne à l'hôtel, plus d'électricité dans ma chambre et la nuit tombe. Je redescends à l'accueil pour expliquer le problème. Le patron me demande de payer un supplément pour le fan (le ventilateur indispensable) et la lumière. Je fais la tronche. Heureusement, c'était une blague. L'ambiance se détend. Allez, je ressors pour voir ce que Chennai a dans les tripes une fois la nuit tombée !
04 avril 2008
J + 43 ou la "chaleur" de la pierre
Mahabalipuram est tout sauf banal. En quelques heures seulement, j'ai adopté cette petite bourgade. Ma visite commence vers 9 heures du matin avec le Shore Temple, un temple hindou qui a été protégé par la digue durant le Tsunami. La brise permanente et les embruns usent la pierre et donnent au lieu une allure invraisemblable ! En parcourant les rues, je me fais aborder par des dizaines de vendeurs de sculptures. L'un d'eux, un certain Mohan m'amène jusqu'à son shop, un petit boui-boui dans une rue peu fréquentée, pleins de détritus. Je lui préviens que je ne veux rien acheter. Partant de ce constat, il commence à devenir plus naturel et m'explique qu'il ne vend pas assez en saison morte et que les temps sont durs. Ses pierres sont magnifiquement bien taillées. Derrière le shop, une quinzaine de sculpteurs (certains sont "students" apparemment donc pas rémunérés) travaillent 8 heures pour réaliser un seul de ces bijoux (Mahabalipuram est réputé pour être un des endroits les plus prestigieux d'Inde du Sud concernant le travail de la pierre). Je lui conseille alors de changer l'allure de l'endroit qui ressemble plus à une déchetterie qu'autre chose. Aucun touriste ne peut être attiré ! J'ajoute que l'environnement est trop sale, qu'il n'y a pas de pancartes montrant que c'est un magasin et qu'il ferait mieux de repeindre toute la bâtisse. Il me répond que j'ai raison mais il ajoute, fataliste : "That's India !" Oui, c'est l'Inde...
Ma marche sous le soleil assassin continue. Au détour d'une rue, j'aperçois de nouvelles sculptures géantes taillées directement dans une falaise de granit : L'Arjuna's Penance (bientôt dans le nouvel album : "Le Tamil Nadu"). Impressionnant. Je décide de monter vers le phare que j'aperçois dans les hauteurs. Plus je monte, plus le décor ressemble aux roches du Trégor, non loin de chez moi en Bretagne. Et puis, par hasard, un singe, puis deux, puis trois, puis une dizaine m'entourent en me dévisageant bizarrement. Je pose mon sac pour prendre une photo, l'un d'eux tente de renifler l'intérieur de mon sac. Je suis sur mes gardes. Les singes sont les meilleurs voleurs que je connaisse. Au niveau du phare, un autre temple hindou. La vue est splendide, l'océan d'un côté, la plaine remplie de palmiers de l'autre et au loin, des collines vertes. Je reste à l'ombre. J'ai très chaud. Je bois beaucoup. Ma bouteille achetée une heure plus tôt est quasiment vide. Zut.
Je repars vers le centre pour manger. Le Sea Shore Garden, un restaurant avec terrasse à l'ombre, donnant sur la plage me semble être un endroit adapté pour se poser. Je choisis le "Fish Curry with Rice". Le poisson, frais du matin, est acheté directement aux pêcheurs qui partent dès 6 heures sur leurs petits bateaux à moteur. Demain matin, j'y serais...
03 avril 2008
J + 42 ou l'après Tourista
Après la Tourista, un peu de tourisme ne fait pas de mal. Et avant de rejoindre la capitale du Tamil Nadu, Chennai, j'ai donc décidé, seul, de rejoindre Mahabalipuram, une petite station en bord de mer à une centaine de bornes au nord de Pondichéry. Ce premier voyage "touristique" est loin d'être une partie de plaisir si on est pas habitué à la société indienne. Pour commencer, il faut, aux abords de la "East Coast Road" ou ECR, deviner le bon bus qui vous amène à destination. Après deux tentatives ratées, l'indien sur ma droite qui attend un autre bus finit par me prévenir que le "bus au loin là-bas qu'on voit pas encore très bien" pourra m'amener à Mahabalipuram.
En s'approchant de mes signaux qui deviennent de plus en plus insistants, le chauffeur, agacé de freiner à l'arrêt de bus pour une seule personne (en l'occurrence, moi), continue sa route au ralenti. Heureusement, il me laisse volontairement suffisamment de marge pour sauter sur la dernière marche du bus et rentrer fièrement comme un autochtone. Après m'être sagement installé, je m'assoupis en observant la route et les paysages exotiques...
Mes rêvasseries où je me fais la réflexion que les palmiers sont absolument partout et que je n'y prête même plus attention (moi, simple breton) sont stoppées net lorsque le bus freine sèchement au milieu d'un pont. Mon voisin de gauche, peu bavard jusqu'alors, m'adresse la parole et me dit : "Accident !". C'est à ce moment précis que la centaine de personnes amassées dans le bus fit pencher le véhicule vers la gauche pour "voir" le fameux accident qui venait certainement de se produire quelques minutes plus tôt (au passage, l'Inde n'est pas réputé pour la sécurité de ses routes). Amusé par la situation, je suis devenu hilare lorsque j'ai vu de quel "accident" il s'agissait ; un bus avec une simple crevaison. Entre les 200 yeux rivés sur l'avant du bus et la multitude d'enfants et de passants autour du pneu, je me dis que les Indiens doivent être à cours de divertissement malgré le fait que la télévision s'est installée dans toutes les maisons ces dernières années.
1h30 plus tard, me voilà à Mahabalipuram. Le bus me laisse dans un mini no man's land avec deux chèvres pour compagne et un autorickshaw très démonstratif en face de la route. Je me demande alors où est la plage qu'indique le "Routard" et m'inquiète même sur la pertinence du lieu. Le chauffeur du rickshaw me propose de m'amener vers le centre pour 20 roupies seulement. Merci pour l'info. Ce n'est pas très loin, je peux donc marcher. Et après quelques "hello, goodbye" aux Indiens voulant faire connaissance, j'arrive dans la rue principale. Loin de la carte postale que je m'étais imaginé, j'ai encore du mal à avouer que je suis en Inde dans un pays très pauvre (rapporté à la population). Cependant, aussi surprenant que cela puisse paraître, cette ville est considérée comme l'une des plus occidentalisés du Tamil Nadu en raison du tourisme. Je m'attends au pire par la suite.
Je pose mes bagages dans un petit cottage très local chez Frida, une vieille dame qui loue 2 chambres pour 150 Rs la nuit. Rien de flamboyant au premier abord (des toilettes et douches extérieures assez sales, un nettoyage express de ma chambre sous mes yeux, des draps limites propres et un matelas quasi plat), mais un coeur gros comme ça et cinq gamins au sourire moqueur en train de faire leur devoir m'ont convaincu de rester. Je dormirai ici ce soir.
24 mars 2008
J + 32 ou la Korean Attitude
Mon aventure continue. Les décisions partent dans un sens puis dans un autre... Partir d'Auroville ? Rester dans la région et continuer les recherches ? Faire un peu de tourisme ? Je suis à la fois influencé par le petit "Blondémon" qui me dit d'aller faire du tourisme et de découvrir le pays et d'un autre côté, le petit "Blondange" qui me dit : "Non ! Continue tes recherches, tu vas finir par trouver !"
Le top serait de voyager et de rencontrer des personnes ou des organisations dans lesquelles je pourrais m'embarquer. Chose dite, chose faite : je chope des adresses à droite à gauche afin de les rencontrer au lieu de leur envoyer des mails sans réponse et je décide de quitter le camp pour une bonne semaine... Seong-Ik, un jeune coréen de 23 ans qui cherche des gens pour découvrir le pays et Laue, le fameux danois de 19 ans à qui il ne reste que 2 semaines avant son départ m'accompagneront dans ce mini-trip dans le nord du Tamil Nadu. Notre destination est relativement simple : Laue veut aller sur Mahabalipuram sur la côte, moi sur Chennai (la capitale du Tamil Nadu)puis sur Kanchipuram, à 70 bornes de la capitale, dans les terres. Le parcours est donc tracé. Nous allons longer la côte en bus vers le nord puis redescendre par les terres. A Kanchipuram, nous aviserons. Laue partira certainement seul pour Mumbai (Bombay), là où l'attendra son avion, ou alors nous descendrons sur un lieu touristique du nom de Tiruvannamalai à quelques heures de trajet de Kanchipuram. Nous partons vraisemblablement demain ou jeudi. Mon retour sur Auroville pourrait se situer autour du mercredi suivant. Je tenterai d'accrocher des cyber-cafés pour vous envoyer des messages.
20 mars 2008
J + 28 ou la loi des poupées russes
J'en connais un peu plus sur l'ONG "Volontariat en Inde" à présent. En effet, j'ai pu rencontrer et échanger avec Monsieur Deblieck (je ne suis pas sûr de l'orthographe), le mari de Madeleine Herman. Après d'âpres discussions passionnantes sur l'association, son fonctionnement, ses financements et ses projets, il faut bien que je me rende à l'évidence : ils n'ont pas besoin de moi sur le terrain ou alors pour parler de l'ONG dès mon retour en France. Mr Deblieck confirme alors ce que je pressentais. L'ONG tourne bien voire très bien, vu les conditions dans lesquelles j'ai pu voir travailler tous ces indiens (certaines femmes travaillent le textile avec de belles machines dans un environnement climatisé et très propre et avec vue sur mer !).
1/ je ne suis donc pas inquiet quand à leur avenir, et suis plutôt heureux de voir que des ONG comme celle-ci permettent d'aider les enfants des "slums" (bidonvilles) qui rôdent à chaque carrefour de la banlieue de Pondichéry
2/ je suis interloqué d'entendre que beaucoup de jeunes abandonnent l'idée de s'investir dans une ONG une fois arrivé et après avoir été choqué par les bidonvilles, goûté à la tourista ou pleuré à cause du choc de civilisation.
3/ j'ai du mal à voir comment je peux leur apporter mon soutien, hormis l'organisation d'un tournoi de mini ping-pong (joke) ou apporter une masse d'argent pour développer de nouveaux projets immobiliers
4/ la conclusion est la suivante : il faut chercher ailleurs.
Mr Deblieck est un homme très galant et les décideurs autour le sont aussi ; si bien que j'ai sympathisé, pendant la réelle visite des locaux, avec un Indien originaire de Kolkata (Calcutta). Son nom, John Immanuel, me fait plus penser à un footballeur d'Amérique Centrale. Il ne parle pas le tamoul et s'exprime avec les autres indiens en anglais qui est, à ce titre, une des langues officielles de l'Inde. Très croyant (d'après Mr Deblieck, exaspéré de voir des CD religieux sur son bureau, lui qui insiste sur le caractère non-religieux de l'association comme le défendait l'abbé Pierre avec Emmaüs que j'aperçois sur les murs), John me raconte son histoire. D'obédiance catholique, il est issue d'une famille confortable d'Inde du Nord. Rapidement touché par les conditions des pauvres, il offre son temps et sa sueur à la Fondation de Mère Térésa durant une dizaine d'années. Là-bas, il travaille à améliorer les conditions de vie des pauvres des bidonvilles, des handicapés, des enfants, des personnes âgées et des malades (du sida notamment). Très marqué par ce début de vie (John n'a que 34 ans), il décide de partir plus au sud où l'attend Madeleine Herman pour "Volontariat". Alors, je lui demande pourquoi il est parti et pourquoi ne pas revenir sur ses terres là où habite sa famille. Il me répond qu'ici, il a un salaire qui lui permet de vivre correctement et que le Tamil Nadu est un endroit plaisant à vivre par rapport à Calcutta. Il ajoute qu'à la Fondation Mère Térésa, les conditions ne sont pas les mêmes qu'ici. Là-bas, les gens ont vraiment besoin "d'aide" car, pour certains, ils sont à l'agonie et prêt à mourir. C'est un monde différent. Enfin, il m'explique que les volontaires sont toujours les bienvenus mais que l'environnement y est très très dur.
Touché par ses dires, je tente, en vain, d'imaginer le calvaire dans lequel s'engouffrent chaque jour, les Soeurs de cette fondation. Attiré comme un aimant par l'aide aux plus pauvres, je prends les coordonnées de l'organisation ainsi que le nom d'une des Soeurs que me conseille vivement John. Avec le recul, j'hésite encore à monter sur Calcutta par peur de l'inconnu et peut-être du pire. Alors, je cherche d'autres projets plausibles dans la région. J'ai notamment trouver une ONG, le SCI (service civil international) qui développe des projets un peu partout dans le monde dont un sur Kanchipuram au nord-ouest de Pondichéry. Je continue donc à envoyer des mails en espérant trouver la personne déterminante à mon voyage mais je garde Calcutta en tête en me disant qu'une ONG en cache toujours une autre et que je finirais bien par trouver la bonne...
18 mars 2008
J + 26 ou "La vie, c'est comme une boîte de chocolat"
Hier, lundi 17 mars fut ma dernière tentative, ma dernière chance de trouver un projet intéressant dans les environs. Aussi, je me rends à Oupalam dans la périphérie du centre de Pondi afin de trouver l'adresse d'une ONG repérée sur le net. Arrivé sur les lieux vers 15h30, un Indien me guide vers la responsable et fondatrice de cet établissement. Après une rapide présentation de la fondation par un autre Indien, Madeleine Herman, âgée de plus de 70 ans, de nationalité belge et entourée d'un sari m'accueille dans son bureau. Quelques secondes plus tard, un couple de gallois rentre dans la pièce et s'installe auprès de moi. Je comprends rapidement qu'il y a erreur en la personne. On me prend pour quelqu'un d'autre car le thème de la réunion n'est pas celui que j'attendais... Après quelques minutes, je finis par leur faire comprendre que je suis là pour être informé avant tout. Sans se soucier de l'organisation, la vieille dame m'explique que ce n'est pas grave et qu'elle va d'abord écouter mes voisins et qu'on pourra ensuite discuter de mes propres projets... Bon départ.
Au bout d'une bonne demi-heure d'échanges avec les gallois, ces derniers finissent par sortir du bureau. C'est alors qu'interviennent 2 à 3 personnes expliquant à la directrice qu'il ne faut pas qu'elle oublie l'inauguration de je-ne-sais-quoi dans quelques minutes. Toujours sans souci, elle m'invite à la suivre afin de découvrir les lieux de ce qu'elle a réalisé en un demi-siècle. Je rentre alors dans une Tata (marque de voiture indienne la plus connue) classe et je m'assois à côté d'elle sur la banquette arrière. Elle m'explique alors ce qui est fait ici en me montrant les différents bâtiments. Elle me parle de l'ONG ("Volontariat en Inde") où beaucoup de choses sont faites pour les pauvres de la région. Elle a en fait créé une sorte de centre pour enfants, des crèches, des centres de formation (type BEP) mais s'occupe aussi des handicapés et des rejetés de la société (certaines personnes âgées notamment, exclues par leur propre famille). Elle en profite aussi pour me demander ce que je fais en Inde. Je lui explique alors mon parcours. En sortant et impressionné par une telle poigne avec les Indiens, je la suis comme un toutou jusqu'à la fameuse inauguration.
Je me retrouve alors dans une petite cour avec une trentaine de jeunes indiens âgés entre 16 et 18 ans, 5 ou 6 professeurs indiens, un belge, une infirmière française de 50 ans, la vieille femme et son mari tout aussi zen. Sans tergiverser, nous rentrons dans une petite pièce avoisinante à peine plus grande que ma chambre où nous nous asseyons autour d'une chose qui ressemble à une mini pièce montée (sauf qu'elle n'est pas comestible). Les professeurs et les "personnalités" dont, apparemment, je fais parti, ont le droit de s'asseoir sur une chaise. Tous les élèves, eux, s'asseyent à même le sol devant la pièce. Après un discours en anglais de la directrice, traduit en tamoul par un des professeurs, elle présente toutes les personnes assises sur les chaises. Bien évidemment, elle ne m'oublie pas et me présente comme un français qui a fait de grandes études et qui est ici pour aider. Jamais, en me levant ce matin, je ne me serais imaginé dans telle situation !!! Les discours fusent à droite à gauche, nous allumons la pièce à l'aide d'une bougie et inaugurons la nouvelle unité destinée à la formation d'électriciens. Génial.
Après la remise des diplômes (avec photo en prime), me voilà embarqué avec l'infirmière pour donner le goûter aux enfants... 5 minutes plus tard, on me donne les plateaux envahis de tranches de pain à la confiture. Une Indienne, à côté de moi s'occupe de donner le lait sucré. Vu le nombre de tranche de pains (sur 4 plateaux géants), je m'attends à un raz-de-marée... C'est le cas. Je passe l'heure et demie suivante à donner le goûter à une école entière, à peu près 1000 élèves arrivant par à-coups, heureusement. Par la même occasion, je plaisante avec les femmes (de vrais mamas) autour de moi sur le nombre de tranches de pain à donner à chaque élève. Je n'ai toujours pas compris la règle. Mais ce qui me touche le plus est d'obtenir plusieurs centaines de sourire en si peu de temps. Ces enfants de tous âges, mangent leur goûter assis par terre devant moi et me regardent, parfois en riant de mes grimaces, parfois en se cachant par timidité. Un véritable choc de civilisations, aussi bien pour eux que pour moi. Génial bis.
Je sors de l'entité, il fait nuit. Je ne sais pas combien de temps je suis resté ici mais peu importe, j'ai passé la journée la plus originale depuis mon arrivée ici, en Inde. En sortant, un des Indiens rencontrés en arrivant m'explique que la vieille dame souhaite continuer notre conversation bientôt. J'y retournerai avec plaisir et à nouveau "without expectation".
Le lien de l'ONG :
http://www.volontariat-inde.org/article.php3?id_article=153&lang=fr
17 mars 2008
J + 25 ou "Là où m'emmène le Vent"
Me revoilà parmi vous !! Beaucoup de choses se sont passées ces derniers jours. Comme vous avez pu le comprendre, j'ai eu un avant-goût de la mousson sur les terres d'Auroville. C'était un beau bordel. Les routes furent rapidement impraticables si bien que j'ai pu expérimenter le vél'eau. Mais le pire fut sans doute la panne d'électricité qui m'a permis de découvrir les joies du lavoir et la chaleur étouffante des nuits indiennes sans ventilateur.
Bon, arrêtons de se plaindre et racontons ce qui intéresse vraiment les lecteurs à savoir la suite des événements. Après une entrevue avec Guillaume dans une petite boulangerie où les boulangères nous accueillirent assises par terre, nous avons fait un état des lieux de nos situations respectives. Il m'explique qu'il doit terminer son rapport de stage et qu'il doit rejoindre sa mère à Chennai (il est parti hier) pour un petit séjour touristique dans le Kerala au sud-ouest de l'Inde pendant 15 jours. En ce qui me concerne et après avoir vu un singe chiper une banane au sein du store, je lui explique que mes rencontres peu constructives faites à Pondichéry avec la "bureaucratie" française m'ont un peu refroidi.
En effet, j'ai quand même pu entendre au sein du Consulat que "les français cherchant des ONG à Pondichéry avait une chance sur 1000 de trouver un projet intéressant". Convaincante la dame... Pensant me tromper d'enseignes, je décide de rencontrer des jeunes chercheurs à l'IFP (Institut Français de Pondichéry). Là-bas, même constat, peu de projets depuis la fin du post-tsunami. Les ONG sont disséminés à droite à gauche sans réelle structure apparente, certaines se disent ONG mais n'en sont pas... Bref, je sors de mes rendez-vous un peu amer et interloqué tellement cela me paraît gros. Ce qui me déçoit le plus, c'est de sentir qu'ils ne sont pas prêts à m'indiquer une voie à suivre ou des personnes à rencontrer. Elles sont où toutes ces ONG qui travaillent sur la condition des femmes, sur la faim, le VIH, les intouchables, l'eau, l'environnement ou l'éducation ? Ma façon de faire ne doit pas être la bonne...
Dans cette boulangerie "cosy" où l'on peut voir passer un troupeau de cochons sauvages, j'explique à Will mes frustations et mon désir de me fondre dans l'environnement indien. Pour cela, je dois absolument quitter Auroville qui regorge de français (2ème nationalité représentée après les indiens) où je parle trop le français. Après tout, ce voyage doit me permettre d'améliorer mon "english". Cela m'obligera à aller vers les anglophones et donc les ONG anglophones beaucoup plus nombreuses et structurées ici en Inde. Et puis, dans le pire des cas, j'aurai certainement rencontré Patrick Swayze dans les bidonvilles d'une grande ville pour construire un puits et sauver 2000 personnes, non ?
Suite à cette discussion, je découvre, peu après, que Laue Bech, mon ancien compagnon de chambrée (voir dans les "personnages"), danois d'origine, serait décidé pour partir vers le nord du côté de Varanasi (Bénarès) pour découvrir la culture musicale indienne. Un trip danois certainement....(joke) Comme par hasard, les besoins humanitaires sont plus importants dans le nord que dans le sud, plus riche. Etant donné les circonstances, j'ai rapidement conclu la chose suivante : JE DOIS PARTIR POUR LE NORD. Un voyage est toujours mieux à deux, surtout pour surveiller les sacs dans le train. Et puis, l'ambiance, trop "Peace and Love" et "Roots" à mon goût, d'Auroville commence à me peser sérieusement.
Un petit séjour chez le coiffeur (la finition laisse à nouveau à désirer...), une petite empoignade avec un cobra repéré dans la forêt Aurovilienne (j'ai vu sa tête, véridique...) et une photo prise d'un Kingfisher (petit oiseau bleu magnifique), je crois être prêt pour partir. Je laisse derrière moi ma valise, trop encombrante, que je récupérerais à mon retour dans le sud et quelques bons souvenirs avec toutes ces personnes de nationalité différente (les 7 coréens, les anglais, un tennisman canadien, un couple espagnol, un autre italien, une flamande, des allemands, une hongroise un peu space, un pianiste grec, une kazakh, tous les jeunes américains, un tibétain, un suisse et tous les indiens Auroviliens ou non).
"McGyver", mon nouveau couteau que m'a donné Will et mon sac à dos devrait faire l'affaire pour ce voyage qui sera programmé vers la fin de la semaine si rien ne se passe d'ici là. Vous en serez bien évidemment les premiers informés.
P.S. Pour l'ancienne et la toute nouvelle génération, Patrick Swayze est un acteur américain célèbre pour son déhanché dans Dirty Dancing que toute femme, digne de ce nom, a vu 3456 fois. Il est apparu également dans "Ghost" avec Whoopi Goldberg et bien évidemment dans "La Cité de la Joie" dont l'action se déroule en Inde.











