Blondin chez les Hindis

ou la chronique d'un rhoéginéen en Inde...

19 avril 2008

J + 58 ou la Fashion Tandoori

Aaah... La mode indienne, que de choses à dire... Bon, je ne suis pas un spécialiste donc au lieu de vous décrire comment on coud un sari, je vais plutôt tenter de vous synthétiser ce que je vois au jour le jour par le biais de quelques chiffres (vous savez combien j'aime les chiffres !).

LA FEMME INDIENNE :

- 100% des indiennes ont un sari dans leur garde-robe.
- 90% des indiennes portent un sari chaque jour, les autres portent des habits très colorés du Punjabi (un état du nord) ou s'habillent à l'occidentale (jeans).
- Je n'ai pas vu deux saris pareils. Tous sont colorés et très plaisants à regarder.
- 99% des indiennes ont les cheveux très longs.
- 80% des indiennes mettent du jasmin (ma nouvelle fleur préférée) dans les cheveux chaque jour.
- A Chennai, le taux des indiennes "occidentalisés" augmentent.
- 100% des enfants et des écolières jusqu'à l'université portent deux nattes au lieu de la coupe classique que portent les femmes.
- Les indiens ont gardé l'habit d'école.

L'HOMME INDIEN :

- 85% des hommes portent une chemise légère chaque jour, le tee-shirt est (encore) très rare.
- 65% des hommes portent chaque jour un pantalon léger et bien coupé, les autres (les jeunes surtout) se mettent au jeans ou restent en bermuda.
- Je remarque aussi beaucoup d'indiens avec des pantalons moulants limite "pattes d'eph".
- La coupe de cheveux de l'homme est souvent brossée vers l'arrière. En fait, on a l'impression d'être dans les années 60-70.
- Mes 2 séjours chez le coiffeur confirment la remarque précédente.
- La raie sur le côté ou au centre est très tendance aussi.
- La montre couleur or qui brille, le collier du macho ont aussi un certain succès (au moins 1 sur 2).
- En règle générale, l'indien est soigneux, propre et tente d'être classe.

Les seuls indiens non peignés sont les mendiants (qu'on peut aussi remarquer grâce à la couleur du blanc de l'oeil qui déteint vers le jaune).
Remarque : Le mendiant n'est pas celui qui vit dans les bidonvilles (très présentes à chaque fois que vous vous écartez des sentiers battus) mais celui qui dort par terre dans la rue.

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18 avril 2008

J + 57 ou l'hosto hostile

Plusieurs jours ont passé depuis mon dernier post. Rien de très intéressant à raconter hormis les quelques petits incidents rencontrés sur les routes... De la découverte des joies de l'accident de vélo à l'acceptation que la moped est un moyen de transport plus que dangereux...

Depuis mon arrivée à Mitra, j'ai dû entendre parler de 5 ou 6 histoires de moped impliquant de petites blessures toujours un peu chiante à vivre. Il y a quelques jours, ce fut le tour de Will. Lors d'un passage dans une communauté au sud-ouest d'Auroville à Sadhana Forest (une communauté qui ressemble un peu à celle du film "La Plage" avec des panneaux solaires et le Wifi en plus), Will et moi-même avons eu un accident du deux-roues à moteur sur une petite passerelle à l'entrée de la communauté. Voulant amortir la chute probable, son pied a heurté un rocher qui l'a ouvert assez profondément sur la plante et au niveau du 4ème orteil. Pas très beau à voir. Ca sent les points de suture.

L'infirmière improvisée (qui, par bonheur, a travaillé dans une boîte londonienne pour réparer les anglais imbibés d'alcool ouvert jusqu'à l'os) a alors tenté avec les moyens du bord de nettoyer, de désinfecter puis de protéger la blessure, avec succès. La suite de l'histoire est un peu plus farfelue...

Nous filons en effet vers l'hôpital le plus proche (celui de Pondichéry) pour aller recoudre tout le merdier. A notre arrivée, nous découvrons "l'Emergency", assez "comique" et synonyme du manque évident de moyens et surtout du manque de formation en Inde concernant les services publics. Nous entrons dans la salle des urgences où sont étalés trois lits dont un libre. Il n'y a pas de salle d'attente mais apparemment elle est dehors vu le nombre de personnes à l'air libre. Quelques discussions plus tard, Will s'installe sur le lit où rien n'est propre à commencer par le drap sur lequel sont posés ses fesses. On peut apercevoir une dizaine de tâches de sang différentes, un bouchon de seringue, du coton sale entre autres... A côté, sur la table, sont éparpillés des seringues usagées presque mélangées avec les neuves... Les poubelles n'ont pas été vidées depuis un certain temps et le sol est loin d'être clean. Le plus "amusant" peut-être est de compter le staff qui entoure les 3 patients. Je dénombre pas moins d'une dizaine d'infirmières dont la moitié avec un masque sur la bouche (faut arrêter de regarder "Urgences"), à peu près 4 ou 5 médecins (enfin, je crois) et puis un mix de gardiens-qui-se-baladent, de femmes de ménage et de stagiaires de toutes sortes soit à peu près une trentaine de personnes sur 50 mètres carrés.

L'un des 3 patients, mal en point, la cinquantaine, est pourtant seul avec sa femme jusqu'au moment où il se mit à tousser à la mort. Là, en quelques secondes, à peu près 4 personnes l'entourent et tentent de comprendre le "malaise". Rien de très méchant, on peut à nouveau le laisser seul... Le médecin, une petite bonne femme un peu mal lunée échange avec Will sur la marche à suivre. Nous découvrons alors qu'il faut d'abord payer (ce que je fais volontiers à l'accueil pour accélérer le processus). Et alors que le médecin déblatère toutes les procédures juridiques (oui, oui, juridique !), un jeune interne se précipite sur le bras gauche de Will pour lui injecter je-ne-sais-quel produit. Surpris par une telle entreprise, Will commence à s'expliquer sur les manières de "faire". Nous ne pouvons nous empêcher de faire la comparaison avec les "urgences" occidentales. Ici, pas de répit, tu es ouvert, on t'injecte le TT (Tétanos) par surprise. Je trouve Will plutôt zen par rapport à la manière de faire des indiens, qui m'irrite sérieusement.

Allez, on file droit faire une radio, on ne sait jamais. Cet hôpital doit être blindé de plaintes pour prendre autant de précautions... On nous amène un fauteuil roulant pour aller aux toilettes à 10 mètres : relativement fun. Et puis c'est parti, on traverse les couloirs, on enlève nos tongues, on ressort, on remet nos claquettes et puis nous voilà dehors, on re-rentre à nouveau. Là, un ascenceur nous attend, et puis un homme bien sapé qui indique à Will l'entrée de la salle de Radiologie. A l'intérieur, pas de salle d'attente mais un mur qui ne monte pas jusqu'au plafond qui sépare le client en action du client suivant. Et puis lorsque le vieil homme à la tête cabossée et les 15 membres de sa famille partent, Will peut s'installer pour faire les clichés. L'homme force Will à aplatir son pied sur le socle sale et puis Will repart aux urgences mais moi je reste à attendre les radios (qui auront coûté à peu près 2 euros...).

Et lorsqu'on me donne les photos du magnifique pied de Will, je me transforme en postier. Dans un charabia à peine compréhensible, on "m'envoie" vers une salle où se fait recoudre Guillaume. Quelques 30 minutes d'attente et à nouveau, le postier rentre en action.
"Qu'y a-t-il ?
- Est-ce que vous pouvez acheter tous les produits indiqués sur la feuille à la pharmacie dehors ?
- Quoi ?"
J'ai peur de me faire arnaquer, surtout lorsque le pharmacien commence à accumuler les 4 seringues empaquetées. Will ressort, le sourire aux lèvres, on tente de vérifier les achats. J'ai compris, ils se refournissent à chaque intervention.
"On t'a piqué 4 fois ?
- Je crois... Le TT plus 2 ou 3 anesthésies locales...ça doit être ça.
- Ok, combien de points de suture ?
- Quatre mais avec 2 passages à chaque fois.
- Ah ok. Bon on y va ?
- Ouais. T'as trouvé un rick-shaw ?
- Non, pas encore... Let's go."

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31 mars 2008

J + 39 ou le naturel décomplexant des Indiens

Les signes ne trompent pas. Cela fait 8 jours que j'attends d'être remis de ma maladie. Aujourd'hui, comme par miracle, j'ai commencé à me sentir beaucoup mieux et comme par miracle la foudre s'est abattue toute la nuit suivante. En seulement quelques minutes, la pluie qui l'accompagnait a à nouveau embourbé les alentours et couper le courant si bien que j'ai écrit ces pensées grâce à ma seule lumière de ma lampe de poche.

Ces violents messages du ciel seraient perçus comme des semi catastrophes naturelles en France. Certaines communes réclameraient de l'argent afin de réparer les quelques dégâts occasionnés. Ici, c'est naturel. On gère la crise psychologiquement facilement. Et c'est tellement naturel qu'on s'en amuse. Usha (voir "Personnages"), elle, au lieu de réfléchir et s'inquiéter pour Mitra, profite de ce genre d'occasions pour prendre une bonne douche sous les coups de tonnerre. Elle rejoint les occidentaux apeurés avec un large sourire qui en dit long. Message reçu. Quelques instants ont suffi pour mettre tout le monde dans le "bain". Et je me revois là en train de crier sous la colère du ciel "I'm the King of the woooorld !!!!" aux abords de Mitra sous une pluie Kärcher avec des dizaines d'autres personnes, habillées et complètement trempées. Je ne sais pas combien de temps cela a duré, mais suffisamment pour me rendre compte qu'ici, les problèmes à venir sont mis de côté pour profiter de l'instant présent. C'est la mentalité indienne en quelque sorte.

Remarque : les catastrophes climatiques du 21ème siècle dûes au réchauffement planétaire annoncées par beaucoup de scientifiques toucheront surtout les pays en voie de développement dans des zones à risque. L'Inde fait bien évidemment parti de ces zones. En l'état actuel, on pourrait croire que la faiblesse des infrastructures indiennes peut provoquer un bon nombre de catastrophes humaines. Ce n'est pas évident. L'Inde connaît la mousson chaque année comme beaucoup de pays tropicaux et serait peut-être capable de réagir à des turbulences beaucoup plus fortes car préparé et habitué. Beaucoup de pays développés n'ont pas cet atout plus psychologique que matériel. Depuis mon arrivée, le Tsunami, vieux de 3 ans, est invisible...

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23 mars 2008

J + 31 ou Comment ça va ?

Certains se demandent parmi vous si je vais bien tout simplement, et je vous en remercie. Alors oui, je vais bien. Au passage, je m'excuse de ne pas répondre à tous les messages envoyés sur ma messagerie par le lien "Contactez l'auteur" mais ne vous inquiétez pas, je les reçois et cela me fait grandement plaisir !

Je n'ai pas pris un kilo (dommage !) car les repas servis ici sont assez pauvres et peu caloriques. Beaucoup d'indiens sont végétariens donc je mange souvent comme eux. Je me suis plutôt bien habitué à la nourriture, je mange avec mes mains lorsque je commande un Thali (prononcez le "h"), ces grandes assiettes en inox où sont servis du riz et quelques sauces très épicées. Et puis, je consomme énormément de bananes. Mon mets favori. Concernant l'eau, je la bois sans que ma bouche ne touche le verre ou la bouteille. C'est une tradition hygiénique ici. Au début, on s'en met partout mais au bout du compte, vous vous y habituez. De toute façon, il fait tellement chaud que je fais parfois exprès de m'en mettre partout. Je fais la même chose avec mes propres bouteilles. Le plus étonnant est de voir certains Indiens dans les restaurants prendre votre bouteille sans vous demander la permission. Ils boivent quelques centilitres et reposent tranquillement la bouteille ou la carafe sur votre table. La première fois, vous vous dites : "Mais, il se fout de notre gueule celui-là ?!" Et puis au final, comme sa bouche n'est pas au contact avec le récipient, vous finissez par vous dire : "Il a soif, celui-là !" C'est ça, l'Inde, il n'y a pas de gêne, on ne se pose pas de questions. On ne se dit pas : "Il est mal sapé, celui-ci !", on ne se dit rien. Tout est accepté. J'aurai de toute façon l'occasion d'écrire un jour une petite note sur la mode en Inde, c'est assez...différent.

Je reviens donc à ma santé. Quelques jours après mon arrivée, j'ai eu la crève à cause des ventilateurs installés dans les chambres. Je m'attendais plutôt à avoir la Tourista. Mais non. Mon corps redécouvre le sport par le biais du vélo. Je roule tous les jours sans exception sur un vélo miteux loué 30 roupies par jour et Ô combien difficile à manoeuvrer. J'ai l'impression que même les descentes sont difficiles ! C'est bon pour cet été en tout cas !!! (private joke). Je suis donc plutôt en bonne forme cependant, j'ai toujours un souci avec ces moustiques qui rendent mes journées infernales. Ici, dans le Tamil Nadu. Vous avez deux moments où les moustiques attaquent : lorsque la nuit tombe, il ne vaut mieux pas être dehors (mais on y est tout le temps) et puis entre 23h et minuit, juste quand vous allez vous couchez (comme par hasard). Un concept intéressant car je trouve les moustiques asiatiques très intelligent (ont-ils des gênes de dauphins ?).

Moralement, ça va. J'ai battu mon record éloigné de mes proches (plus d'un mois) et je commence à m'habituer aux Indiens, à leurs manières de vivre, à la société en général. Je suis donc rassuré quant à mon objectif initial de rester 6 mois ici voire plus. Je regrette juste de ne pas avoir trouvé de projets pour l'instant. Le fait de rester connecté par le biais de ce blog ou par Internet en général me permet de ne pas rester en autarcie permanente. Merci Monsieur Internet. Depuis que Will est parti, je m'ouvre plus aux autres et parle beaucoup plus, même si parfois, je préfère vivre mes aventures seul. C'est mon côté solitaire. Cependant, différentes choses sont organisées dans la région et j'y participe volontiers. Par exemple, ce week-end, j'ai assisté à un concert de hip-hop allemand à Pondi, regardé un cours de Capoeira (donc brésilien) à la Solar Kitchen à Auroville, et participé à une soirée "Spécial Hongrie" organisé par des Hongrois d'Auroville... C'est donc assez éclectique.

P.S. Pour ceux qui se demandent si je consomme souvent des plats dans des restaurants, je leur réponds oui puisque je ne cuisine jamais. Après 1 mois, j'ai dépensé à peu près 16 600 roupies, loyer et transport sur place y compris soit la modique somme de 271 euros au cours actuel. Ce montant représente le salaire d'un jeune cadre indien mais aussi moins d'un RMI français... Il y a de quoi se poser des questions...

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16 mars 2008

J + 24 ou l'examen de la couleur

En Inde, un "blanc" ne passe jamais inaperçu. En groupe ou seul, en vélo ou dans un taxi, en jeans ou en short, en tongues ou en chaussures de marche, blond ou brun, les Indiens le dévisage quoi qu'il arrive. A titre de comparaison, un Indien ne sera pas regardé de la même manière dans les rues de Paris. Bon, c'est sûr, à Paris, il y a tellement d'origine différente qu'on n'y fait plus attention.

Ces situations me font sans cesse rappeler la question d'un examinateur à l'un de mes concours pour rentrer dans une école de commerce où il m'avait demandé le nombre de "races" sur la Terre. Comme un con, j'ai répondu "je sais pas, 5 ou 6 !"... Je n'ai jamais été pris dans cette école. A l'évidence, l'examinateur attendait une réponse du type : "une seule race, la race humaine". Seulement, quand je vois les innombrables regards qui peuvent se porter sur moi lorsque je traverse les rues de Pondichéry, je ne peux m'empêcher de me demander : C'est quoi une race ? et "Pourquoi me regardent-ils ?"

On a l'impression d'être nu, d'être différent. Est-ce à cause de la taille de notre portefeuille ? Est-ce à cause de notre couleur de peau ? Est-ce à cause de notre culture différente ? Est-ce parce que l'on vient d'un pays lointain ? C'est un tout. Un tout qui gêne, qui énerve ou paradoxalement qui nous donne l'impression d'être un super héros, d'être une super star. Tout dépend de la situation.

Par exemple, j'ai été choqué lorsque qu'une petite fille indienne de 6 ans insistait et saoulait sa mère pour pouvoir serrer la main d'une femme élégante et "blanche" telle une demi-déesse, et je suis ravi de voir que les Indiens veulent absolument une photo d'eux sur notre appareil. Qu'est-ce que cela leur fait d'être dans la collection de photos d'un "blanc" ? J'aimerai le savoir.

Enfin, l'autre jour lorsque j'ai traduit un mail français pour un Indien concernant une offre d'emploi en France, j'ai été surpris qu'il me demande en premier lieu s'il y aurait des problèmes concernant sa couleur de peau et ses origines. Je l'ai tout de suite rassuré mais j'ai raté l'occasion de lui demander comment les Indiens percevait en règle générale les "blancs" en Inde. Dans tous les cas, comment interpréter sa question ? Pourquoi pense-t-il qu'il peut y avoir des problèmes ? Aurait-il "bien" répondu à l'examinateur ?

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09 mars 2008

J + 17 ou Pondi, ma Chérie

Comment imaginez-vous une ville de 220 000 habitants lorsque vous avez des repères occidentaux ?
Pondichéry est une ville difficile à qualifier. Est-ce un immense village surpeuplé ou une ville "pas finie" ?

Pondichéry est en fait une ville "western". Là où s'entremêlent des charettes tirées par des zébus, des familyped (ou si vous préférez des 2 roues transportant une famille entière), des vélos géants montés par des gamins de 8 ans revenant de l'école, des bus jaunes pétants où siègent une cinquantaine de gamines (toutes, sans exception, ont des nattes), des auto rick-shaw qui vous appellent en permanence pour décrocher une course, des vaches maigres immobiles en plein milieu de la route et des agents de police qui regardent tout ce bordel sans rien dire. Tout ce joli petit monde "s'organise" dans un concert de klaxons. La première fois, c'est choquant. Mais lorsque vous revenez à plusieurs reprises, vous finissez par vous en habituer et de jouer le jeu à votre manière. A présent, je traverse les rues sans regarder en écoutant Blondie dans les oreilles. Je ne négocie plus les taxis, mon prix est le même en permanence (150 Rs), suffisamment bas pour moi et suffisamment haut pour qu'il finisse par me dire "come !" quand je feins de partir. La musique me permet, de plus, de privilégier mon regard qui découvre plein de nouvelles choses à chacune de mes sorties sur "Pondi".

J'ai ainsi observé que les trottoirs n'étaient jamais réellement finis, qu'aucun bâtiment ne se ressemblent et qu'il est extrêmement difficile, paradoxalement, de trouver des points de repère. La finition n'est d'ailleurs pas le point fort des Indiens puisque je n'ai pour l'instant pas trouvé de bâtiments "finis" hormis dans le quartier français. Il reste toujours un toit bancale ou une terrasse couverte par des tôles. A chaque carrefour, vous trouvez un marchand de Chaï, ce fameux thé au lait sucré, très bon, qu'ils proposent pour 3 roupies. Avec un peu de chance, en baissant la tête, vous tomberez sur une femme assise sur le trottoir qui tranche des noix de coco avec une machette et propose aux passants de siroter le lait de coco à l'aide d'une paille. Après quelques détours, vous remarquerez aussi que les Indiens dorment partout, dans tous les sens et sur n'importe quel support tant qu'ils trouvent un coin d'ombre pour s'assoupir. Enfin, avec un peu plus de chance, vous aurez la joie de sentir des grappes de jasmin vendues par des bonnes femmes bien en chair ou de découvrir le marché aux poissons, une vraie puanteur, et ses 45 677 mouches.

Ici, il n'y a pas de "grandes" surfaces. 95% des commerçants et artisans travaillent sur un plancher n'excédant pas les 20 mètres carrés. Oubliez l'Inde si vous comptez faire des courses dans l'équivalent d'un Carrefour, du moins pour l'instant. La loi, ici, est qu'il n'y a pas de loi. La plus importante artère de la ville, la Mahatma Gandhi Street n'est pas plus large que la plus large des rues de ma commune de 3000 âmes. Les poubelles, nombreuses à Pondi, sont quasiment toutes vides alors que les rues sont pleines de déchets divers. Ici, vous réapprenez à marcher sur un trottoir pour éviter les éclats de pomme grenade, les filets d'urine ou les chiens errants aveugles qui sentent la rage. Les vieux qui s'écroulent sur eux-même continuent de se battre jusqu'au bout en se tiraillant les muscles pour traîner les touristes sur leur rick-shaw à l'ancienne. Ici, lorsqu'un Indien plante un clou, il y en a dix autour à le regarder. Et puis, à côté de çà, vous voyez tous ces gamins qui vont à l'école avec un sourire qui en dit long sur la volonté de cette population à relever la tête rapidement. On voit, ici et là, des affiches sur les derniers films de Bollywood, des pancartes "Vodafone" sur quasiment tous les magasins en lien avec l'électronique, des jeunes indiens avec des jeans à l'occidentale. J'ai l'impression d'être dans un film accéléré. Comme si on me montrait un mélange de Moyen-Age, de Révolution Industrielle, de Trente Glorieuses et d'Années 2000 en même temps...

Mais Pondichéry, c'était aussi un ancien comptoir français avant l'indépendance de l'Inde en 1947. La plupart des noms de rues sont traduites en français. Un quartier entier, près de la plage, sent la France. Comme par hasard, les rues, propres et bien construites, sont quasiment désertes. Il y a aussi tous les bâtiments gris en lien avec l'Ashram de Sri Aurobindo dont je vous expliquerais le principe ultérieurement et puis en face de la plage, quelques hôtels à l'occidentale avec climatisation et personnel qualifié. L'Alliance française, le consulat français, l'Institut Français de Pondichéry et un certain nombre de "blancs" sont encore là pour vous faire comprendre l'histoire récente de cette ville qui tente de se dédouaner de ce passé en changeant elle aussi de nom (Puducherry).

Pondichéry est donc une ville qui bat, qui respire et qui peut devenir l'exemple des villes moyennes de l'Inde grâce à un apport important de capital humain venu d'Europe ou grâce à l'énergie déployée par le gouvernement notamment dans la création de la nouvelle ligne ferroviaire qui raccourcira le trajet Madras (Chennai) - Pondichéry. Dans tous les cas, vous ne l'oublierez pas...

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07 mars 2008

J + 14 ou la valeur de la Roupie

- Boire un thé dans la rue ; 0,05 euro
- Boire un Pepsi ; 0,15 euro
- Une connexion Internet d'une heure ; 0,45 euro
- Se faire couper les cheveux ; 1 euro
- Faire 150 Km en bus ; 1,20 euros
- Prendre un taxi pour 10 Km ; 2,70 euros
- Se gaver dans un restaurant deux fois par jour ; 5 euros
- Louer un vélo pendant un mois ; 15 euros
- Dormir dans une chambre double pendant un mois ; 50 euros
- Découvrir l'Inde, ça n'a pas de prix...

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04 mars 2008

J + 12 ou le constat des vrais problèmes du quotidien

Lorsque vous vous baladez à travers les petits villages voisins d'Auroville, vous constatez que, dans les petites boutiques locales, les lampes de poche sont les produits les mieux exposés. En France, vous n'utilisez votre lampe de poche qu'en cas de grande nécessité. On la ressort du garage lors d'une panne de courant exceptionnelle ou lorsqu'on part en camping avec ses amis.

Ici, l'approche est plutôt différente. Celui qui n'a pas de lampe de poche sur lui n'a pas toutes ses affaires. Ici, c'est comme partir avec ses papiers. Pourquoi ?

Premièrement, car l'Inde est peu équipé niveau lampadaire de rue et on se retrouve rapidement dans un noir total à attendre qu'une moped passe afin de deviner la suite du chemin.
Deuxièmement, car en Inde, l'électricité n'est pas une valeur sûre. Les pannes d'électricité sont légions et peuvent durer quelques heures parfois. Il n'y a pas une journée sans que les chargeurs s'arrêtent de se recharger ou sans que le frigo s'arrête de refroidir.
Troisièmement, car les vélos utilisés ont rarement une lampe qui fonctionne. Faire du vélo en pleine campagne est une activité assez amusante au départ mais loin d'être fonctionnelle à la longue.

Pour toutes ces raisons, la lampe de poche est un outil en or qui sera mon fidèle compagnon lorsque je quitterai Auroville. Enfin, et c'est la raison pour laquelle j'écris ce post, il nous arrive parfois, comme ce fut le cas aujourd'hui, de se brosser les dents ou de laver son linge sans eau. Même si ces coupures sont plus rares, j'imagine que cela peut être gênant lorsqu'on doit aller au bureau ou pour passer un entretien, d'avoir accumulé la sueur de la veille (30°C en pleine journée je le rappelle)...

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02 mars 2008

J + 10 ou le rêve d'Auroville

1. Auroville n'appartient à personne en particulier. Auroville appartient à toute l'humanité dans son ensemble. Mais pour séjourner à Auroville, il faut être le serviteur volontaire de la Conscience Divine.

2. Auroville sera le lieu de l'éducation perpétuelle, du progrès constant, et d'une jeunesse qui ne vieillit point.

3. Auroville veut être le pont entre le passé et l'avenir. Profitant de toutes les découvertes extérieures et intérieures, elle veut hardiment s'élancer vers les réalisations futures.

4. Auroville sera le lieu des recherches matérielles et spirituelles pour donner un corps vivant à une unité humaine concrète.

Pour les plus pessimistes d'entre nous, il est difficile de ne pas sourire en lisant cette charte écrite il y a 40 ans maintenant. Le projet initial est un rêve qui fut articulé par deux penseurs de l'époque (Sri Aurobindo et La Mère). Bien évidemment, mon avis sur Auroville a évolué en l'espace d'une dizaine de jours. Pensant arriver dans une sorte de village utopiste rassemblant les valeurs idéales de notre monde (paix, prospérité, développement durable...) où même l'argent n'existe pas, je me trouve nez à nez avec ce qu'on pourrait appeler un "petit monde" plein d'ambitions.

Ardu d'éviter les a priori ou les images sectaires que cela peut provoquer ; surtout lorsque vous entrez dans le "sanctuaire" d'Auroville, là où se trouve l'amphithéâtre, le Banyan (un arbre dont les branches se replantent au sol pour devenir de nouveaux troncs) et le Matrimandir, l'âme du projet. Lors de la cérémonie des 40 ans d'Auroville à 5 heures du matin le 28 février, nous sommes transportés dans un film de science-fiction (un mix de Stargate, Indiana Jones et Benjamin Gates) où se mêlent des milliers d'Auroviliens, leurs guests (c'est-à-dire moi) et des touristes en mal de sensations. Sur un fond de discours enregistré il y a un demi-siècle, toute cette foule contemple et médite autour du "BonFire". Je ne peux m'empêcher de penser que je suis en train d'assister au plus grand feu de camp de ma vie. Après quelques flammes, une centaine de personnes de tous âges habillées en blanc déposent des bougies au centre de l'amphithéâtre près du lotus où furent déjà déposées, à l'époque, les terres de 124 Etats du monde et de l'Inde. Puis vient le tour des flatbelts, sorte de cymbales rectangulaires frappées légèrement par quelques dizaines de volontaires toujours en blanc. Enfin, et c'est le clou du spectacle, l'assemblée dont je fais partie finit par se lever afin de méditer contre un arbre (le fameux Banyan) pour récupérer un maximum d'énergie (prochainement dans l'album "Auroville"). Pour quelqu'un un peu terre à terre, cela semble terrifiant...

Etant moi-même un grand utopiste, j'ai du mal à croire à ce cinoch grandeur nature. Et pourtant...

Auroville fête ses 40 ans non sans avoir pris les reines par les cornes. Après avoir reboisé un désert pouvant accueillir jusqu'à 50 000 personnes, Auroville s'est peu à peu développé en prenant le soin d'éviter les erreurs commises par l'humanité. Lentement mais sûrement. Tout, ici, est conçu en prenant la Nature en compte : construction d'éoliennes, de panneaux solaires en veux-tu en voilà, mise en place d'une agriculture biologique, autogestion de l'électricité, mise en place de barrages, de puits et de réservoirs afin de lutter contre l'érosion et de récupérer l'eau de pluie, jardin botanique de 20 hectares etc. Auroville, c'est aussi un ensemble de formations, de créations d'emplois dans les villages avoisinants, de centres de recherche (économie, développement durable...) ou de cours en lien avec le bien-être, l'esprit, l'écoute du corps. Le projet développe en parallèle tout ce qui doit ressembler à un "petit monde" : des écoles, des commerces, des cinémas, des théâtres, des terrains de sport, des centres de santé, des services divers (téléphone, handicapés, distribution de l'eau, petit supermarché, taxis, services administratifs, location de motos et de vélos, agence pour l'emploi, traitement des déchets...).

Non seulement, les Auroviliens ont réussi à développer un projet qui a de l'allure, scientifiquement parlant, mais en plus, le laboratoire est reconnu par le Parlement de l'Inde et par l'UNESCO, a reçu le soutien d'Indira Gandhi, du Dalaï-Lama, du secrétaire adjoint des Nations-Unies et compte apporter un jour à ses citoyens le statut d'ONUsien et compromettre ainsi les nationalités d'origine (la source provient d'un Aurovilien rencontré il y a quelques jours).

Idéal me direz-vous ? presque...

Après 10 jours passés dans cette contrée (ce qui est peu pour être suffisamment objectif), j'ai l'impression que dans leur folie de création de civilisation idéale, les Auroviliens ont oublié une chose essentielle pour réaliser le fameux rêve de l'humanité : le volet social. Je ne parle pas d'études ou de recherches, je parle de simplicité. Pourquoi ai-je l'impression que tout le monde n'est pas le bienvenu ici ? Pourquoi ne suis-je pas à l'aise dans cette communauté ? Pourquoi beaucoup de gens de passage (des anarchistes, des anciens soixante-huitards mais aussi des étudiants qui séjournent depuis quelques mois tout de même) ont-ils la même impression que moi ? Créer un monde idéal avec des gens qui nous ressemblent est plutôt aisé, accepter les différences d'opinion l'est beaucoup moins. Sentir qu'on fuit votre regard lorsque vous posez de "mauvaises" questions ressemble plus à une fermeture qu'à une ouverture. Sentir plus de joie de vivre dans un supermarché du 18è arrondissement de Paris qu'au sein d'Auroville me donne le droit de penser qu'un ton grave et trop sérieux amenuise les chances de réussite d'un tel projet. J'ai aussi le droit de me poser des questions sur la croissance de la population d'Auroville (même pas 2000 Auroviliens en 40 ans dont presque un tiers a moins de 18 ans et est issu de couples Auroviliens !). J'aimerai me dire que le temps n'est pas une valeur essentielle ici mais quand même ! N'y a-t-il pas d'autres choses urgentes à développer à quelques kilomètres de là où on peut apercevoir des enfants de 4 ans déféquer le long de la route ? Même si Auroville fait beaucoup dans le développement de la région, l'éminence grise et l'énergie utilisée pour ce projet interne n'aurait-il pas été plus intéressante à exploiter intégralement dans les ONG voisines ? Je me pose à nouveau des questions.

Sri Aurobindo, le penseur émérite de ce projet d'humanité n'a malheureusement pas pu voir la création d'Auroville. Mais après avoir lu son ouvrage "L'Idéal de l'unité humaine" écrit au début du siècle dernier, je me rends compte qu'il aurait sûrement été pro-européen car il croit à l'unité psychologique des supranations comme le devient l'Union Européenne aujourd'hui. Il se serait peut-être même investi en tant que conseiller spécial à Bruxelles. Pas sûr qu'il aurait jeté son dévolu à Auroville, créé en son nom...


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26 février 2008

J + 5 ou l'Indien tout "craché"

Il y a quelques jours, je vous parlais de mon désir profond de rencontrer les Indiens et leur manière d'être.

Bien évidemment, ce n'est pas en 5 jours que je vais pouvoir vous en parler objectivement mais j'ai déjà pu faire quelques constats saisissants. En dehors de leurs habitudes hygiéniques, les Indiens sont des personnes très généreuses, prêtes à rendre service mais aussi très fiers. Dans certains cas, une pointe d'ironie dans votre regard avant de prendre une photo et on vous fait comprendre rapidement que votre appareil n'est pas le bienvenu. Mais attention, les Indiens, pour la plupart, sont ravis de se faire prendre en photo même si la chance de les recroiser un jour est infime !!!

Lors de ma venue à Pondichérry, j'ai décidé d'aller chez un barbier. Il a soupiré lorsque j'ai tenté de le prendre en photo avec Guillaume. Paradoxalement, il a été très souriant lorsqu'on lui a demandé la permission d'immortaliser l'instant. Quelques secondes plus tard, nous comprenions le décalage. Il enfilait une belle chemise verte afin de cacher "son" marcel peu présentable pour un barbier indien digne de ce nom. Autres exemples avec une grosse poissonnière me jetant de l'eau ou un jeune indien se présentant droit comme un "I" lors de mon entrée dans un magasin de matériels électroniques.

Les Indiens ont aussi la particularité de bouger la tête à chaque fois qu'ils répondent par oui ou par non. C'est un peu surprenant au départ car il dessine un "non" à l'occidentale mais le mouvement est suffisamment rotatif pour imaginer un "oui" (il dessine en réalité un 8). En fait, en France, je l'interprèterais par un "mouais, je sais pas trop, peut-être".

Je terminerai ce post par un détail : les indiens et les indiennes crachent, rotent en faisant un boucan pas possible et sans gêne ! La liberté quoi !

Posté par _blondin_ à 10:05 - L'Adaptation - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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