19 juillet 2008
INFOS à J-12
Mon blog comporte plusieurs posts de retard. Depuis le Cachemire, beaucoup de choses se sont passés (attaque de singe, figuration dans un film de Bollywood, nuit passée dans le désert du Rajasthan, decouverte d'un cadavre etc). Je n'ai malheureusement pas eu l'opportunité d'avancer mon projet plus vite. A l'approche de mon retour, j'ai donc décidé de publier des posts de décompte en "zappant" provisoirement la période mi-juin / mi-juillet que je reprendrais plus tard pour les grands fans ;-). Je suis donc actuellement au Népal avec Yorrick depuis plusieurs jours. Je tenterais en parallèle de compléter le "trou" qui fait défaut. Les dates indiquées sont les bonnes.
J-12 avant le retour en France ou ma seconde chance
Il y a des jours sans et des jours avec. Il y a des jours pauvres et des jours remplis. Et il y a des jours où, parfois, il faut rester au lit. Depuis mon arrivée à Katmandou au Népal, Yorrick et moi n'avions toujours pas bougé nos fesses pour sortir de la capitale. En ce samedi 19 juillet, Yorrick décide de nous programmer la découverte du village ancien de Bhaktapur. Un village reconnu pour ses bâtisses d'inspiration est-asiatique mais aussi pour sa place centrale (du nom de Durbar Square comme partout au Népal qui veut tout simplement dire "la place du palais").
Les commerçants népalais nous conseillent de prendre un mini-bus sur une des avenues principales avant de rejoindre le quartier de Shutni Park (ou un truc comme ça...) où se situent la plupart des liaisons de bus vers Bhaktapur. En quelques secondes seulement, nous trouvons un mini-bus de 12 places où sont entassés 21 personnes. Mais ils acceptent notre entrée parmi les serrés pour seulement 12 roupies népalais. Je m'assois sur les jambes d'un homme en envoyant un cou de coude à un autre. Yorrick, lui, ne peut pas tourner le visage sinon son nez colle au chapeau népalais d'un troisième homme. Arrivée à la "gare" routière qui ressemble plus à une sortie de rond-point qu'autre chose. Nous trouvons en quelques minutes le bus liant les deux villes. Le trajet doit durer à peu près 40 minutes. Yorrick et moi nous installons. Lui, sur la banquette arrière, moi, trois ou quatre rangs devant lui, sur le côté droit contre la fenêtre. Les jeunes népalais (la moyenne d'âge du pays est de 20 ans seulement) s'accumulent dans le couloir au centre. Une femme et ses enfants s'installent auprès de moi. Nous sommes serrés et pas prêt de bouger avant l'arrêt concerné.
Au bout de 30 minutes pourtant, un incident nous interpelle. Un jeune népalais commence à se disputer avec l'un des responsables du bus. Nous croyons à un défaut de paiement. Quelques secondes suffisent pour que plusieurs personnes s'emmêlent et chassent le jeune rebelle du véhicule. En sortant, l'homme traverse la voie vers la droite (au Népal aussi, ils conduisent à gauche) et insultent lâchement le chauffeur du bus et ses assistants. Les hommes répondent par la fenêtre mais en vain, le népalais, décidément contrarié, montre ses attributs et joue la provocation à 30 mètres de nous. Quelques hommes sortent alors du bus et se dirigent droit vers lui. A l'approche d'une petite rue de quartier, ils tentent de se boxer mais, comme les indiens, ils ne se sont pas assez inspirés de Rocky pour être crédible. Les trois hommes en colère reviennent vers le bus pour reprendre la route. Mais le jeune népalais, décidément bien stupide et vexé par une telle altercation, prend une pierre de 15 à 20 centimètres de long pour 10 de large et l'envoie expressément sur le bus. Pas de bol, l'homme vise plutôt bien et je vois la pierre se diriger en plein sur moi. Le jet est suffisamment puissant pour que je décide de me coucher (trop peu !) vers la gauche en protégeant ma tête. Yorrick, lui, comprend tout de suite que je suis en danger réel mais ne peut rien faire à part contempler la pierre foncer vers ma fenêtre.
C'est amusant de se dire que parfois, les choses ne se jouent pas à grand chose. On voit cette pierre arriver vers nous en imaginant sa taille sans se douter que quelques secondes plus tard, on peut être ensanglanté ou pire, dans un état de coma profond. Heureusement, ce jour-là, la pierre eu la bonne idée de s'écraser 20 centimètres au-dessus de ma tête s'arrêtant net contre le rideau coincé et tendu à mort. Bien évidemment, avant d'atteindre le rideau, le projectile brisa à 90 % la fenêtre m'arrosant ainsi de centaines de débris de verres bleus inondant même mes chaussures de trek et mes poches de shorts... Je n'ai rien eu. Ouf ! Par contre, je tremble un peu, beaucoup même... Et je ne peux m'empêcher de sortir du bus pour aller m'expliquer "pacifiquement" avec le mec. Seulement, une dizaine de népalais ont réagi plus vite que moi et sont déjà paumés dans les rues du village à poursuivre l'immature. En arrivant au début de la rue, une trentaine de tronches me dévisage en se demandant ce que le "blanc" va faire. Rien. Le blanc est complètement perdu par toutes ces personnes qui se ressemblent et décident, sagement, de revenir vers le bus ce qui soulage Yorrick qui se voyait déjà en train de me défendre dans les "favelas" népalaises... Pourtant, ce jour-là, pour la première fois, je pense que Rocky m'aurait suffisamment inspiré...
L'après-midi qui suivit fut la plus belle vécu au Népal. Je ne sais pas si cela est dû aux magnifiques monuments vus ou à la réalisation que je vivais une seconde fois... Mais en tout cas, je suis zen.
J -12 avant le retour en France ou Saturday Night Katmandou
La journée commençait bien. Un jet de pierre en pleine gueule, il y a mieux (voir post précédent). Passons cet épisode et profitons de cette belle journée qui s'annonce. Nous descendons définitivement du bus et commençons à marcher vers le village de Paktapur qui se trouve sur une sorte de colline. Nous traversons un petit pont, les rues sont en hauteur et tout est vert. La mousson actuelle donne au décor un air de village abandonné. En montant, nos appareils photo chauffent doucement mais sûrement. Les bâtiments, sombres, sont assez hauts, dans un mauvais état mais ont gardé une authenticité particulière très intéressante. Il y a des potiers partout et même les gamins travaillent pour le compte du business familial. On se fait aborder par des vendeurs de tableaux, de couteaux mais il n'y a pas de mendiants. En arrivant à Durbar Square, la place principale, les drapeaux népalais et les temples hindous d'inspiration chinoise sont les principaux sujets de nos cadrages. Les enfants, totalement libres et joueurs, ne se font pas désirer pour être pris en photo. Et toujours en jouant, ils nous invitent à leur donner quelques roupies ou dollar que nous déclinons vivement.
Nous trouvons un restaurant en hauteur sur l'arrière-place. La vue est splendide et nous pouvons observer le comportement de la population népalaise librement. Je déguste du fromage de Yak et un dal népalais. Excellent. Puis nous marchons à travers le marché aux légumes local. Je m'arrête près d'un temple où je m'assois au côté d'un vieil homme. Yorrick continue ses photos pour décrocher le Pullitzer avec son argentique tandis que je démarre une conversation silencieuse avec le vieux népalais. Nous admirons la cérémonie qui a lieu sous nos yeux. Une sorte de guru entouré de fleurs est assis devant des dizaines d'hindous, tous la soixantaine passée. On donne une pâte rouge aux fidèles pour qu'ils cultivent le point rouge sur leur front. Je prends quelques photos à mon tour et une vidéo que je montre à mon voisin, souriant et discret. Je le quitte une dizaine de minutes plus tard toujours sans mots. Je lui fais le signe du respect (Namaste), il me répond par le même geste.
Il est temps de partir et de reprendre le bus pour Katmandou. Espérons que cette fois-ci, tout se passe bien. En arrivant sur la route, le bus est déjà là et on nous indique le toit où sont déjà installés quelques népalais. A part les fils électriques qui passent au-dessus des routes, je ne crains pas grand chose à cette nouvelle expérience. Alors nous montons de vive allure. Le bus démarre, s'arrête à nouveau, reprend quelques passagers et le toit se remplit définitivement. Yorrick fait la connaissance d'un groupe de jeunes militaires pendant que je fais la causette avec un universitaire sur l'avenir politique du Népal (le pays n'est plus une monarchie et la population vote pour son premier président en ce moment). C'est amusant d'être sur ce toit. On peut admirer les montagnes et les paysages alentour. Les quelques népalais qui nous voient en bas se marrent. Mais un gros défaut, la pollution. Katmandou fait partie des capitales les plus polluées du monde avec Mexico car elle est située dans une cuvette. La fin du voyage est donc un peu gerbante. Et puis nous descendons dans les rues de Katmandou. Là, un gamin m'envoie une cacahuète dans la tronche m'obligeant à l'engueuler pour me faire respecter, décidément. Mais à choisir, je préfère la cacahuète à la pierre du matin.
Nous revenons à l'hôtel et décidons pour la première fois de sortir sur Katmandou. Nous proposons à deux françaises (dont une de Delhi) rencontrées sur le lieu d'accommodation de passer la soirée ensemble pour découvrir Katmandou la nocturne. A la différence de l'Inde, la vie nocturne est plutôt riche même si la plupart des gens dorment très tôt. Pour les occidentaux par contre, vous avez le choix entre des bars sympathiques un peu hippie, des danseuses russes ou des prostituées népalaises dans des bars glauques. Malheureusement, le tourisme sexuel est bien présent ici et nous ne sommes pas loin des "standards" thaïlandais. En arrivant au Reggae Café, un bar dans un style toujours très chinois, la musique détonne. Un groupe népalais chante "I want to break free" du groupe Queen. Le son est bon et l'ambiance, bien présente. Malheureusement, j'aperçois quelques jeunes américains profitant de leur séjour pour draguer des népalaises provocantes. J'ai vraiment l'impression d'être au Viet-Nam, pendant la guerre. Mais les occidentaux commencent à arriver en masse et à faire la fête sur les rythmes endiablés des classiques des années 60 à 2000. Tout y passe ; Jimi Hendrix, les Beatles, Coldplay, Bob Marley, les Chili Peppers, les
Stones etc. Nous passons une super soirée.
Retour à l'hôtel sous une pluie légère qui en annonce une plus forte. C'est la mousson, nous sommes à Katmandou et je viens de passer une soirée au Reggae Café à danser. Quoi de mieux ?
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