Blondin chez les Hindis

ou la chronique d'un rhoéginéen en Inde...

12 juin 2008

J + 110 ou le business obsessionnel

Notre arrivée à Srinagar est assez étrange. On nous dépose au milieu d'un carrefour. Il n'y a aucun panneau pour nous aider. Nous savons juste que le Cachemire est un repère pour fabriquer des battes de cricket ; le décor des campagnes nous ferait presque oublier l'Inde : les devantures des shops sont en arabe. Les gens ont la barbe taillée et oublie la moustache. On sent une atmosphère afghane voire iranienne, en tout cas, d'Asie centrale. Un vieil homme se dirige vers nous. Il nous propose une chambre dans son house boat. Srinagar connaît son succès grâce à son lac Dal et les house boats qui y flottent. Pour détourner une loi sur la propriété, les anglais ont fait construire des maisons directement sur le lac pendant l'époque du Raj. Il nous accompagne via un rick-shaw gratuit et nous fait visiter les lieux. Nous remarquons que nous sommes sur la rivière Jhemul au sud et pas sur le lac. C'est assez calme. L'idée de dormir sur l'eau et de voir passer les aigles environnants nous détend. De toute façon, nous sommes trop fatigués pour aller ailleurs ce soir.

L'homme s'appelle Abdul. Il est musulman et porte le "chapeau" adéquat. Cet house boat n'est pas une maison sur l'eau mais une petite péniche le long de la digue. Il y a l'électricité et l'eau. En nous installant, nous voyons passer des ordures ainsi que des excrêments humains qui flottent, c'est classe. Abdul est attentionné et nous négocions un petit déjeuner sur mesure centré autour d'un Kahwa qui désigne le thé vert à la cardamome , une spécialité locale. Nous n'avons toujours pas vu le lac. Nous décidons donc de manger un bon plat indien au niveau du lieu touristique. En arrivant, une foule "d'indiens arrivistes" consomment dans l'artère principale bordant le lac. Nous apercevons les véritables house-boats à quelques centaines de mètres de nous sur le lac. Chaque "maison" porte un nom du type : "Little Australia", "New Paradise", "London Guest House". Notre regard s'alllonge au loin, il y en a à perte de vue, tous alignés. La rue est très bruyante et nous sommes soulagés de ne pas avoir embarqué dans l'une de ces house-boats. Nous choisissons un restaurant "non-veg" (non-végétarien) car Will veut absolument retrouver les muttons balls qu'il avait savouré au Ladakh l'année dernière.

En entrant dans la salle principale, une surprise nous attend : Glen et Caroline, le couple rencontré à Jammu, mange tranquillement assis à une table. Huit yeux sourient au même moment. Nous nous installons auprès d'eux. Quelle chance de les retrouver ici ! Nous qui avions les mêmes envies de voyage ! Ils ont quasiment terminé leur repas et nous proposent donc de les rejoindre dans leur houseboat le lendemain pour dormir dans la chambre à côté. Ils sont à l'intérieur du lac et n'ont aucune nuisance particulière. Forcément, nous acceptons l'invitation. Ce couple est vraiment cool. Le soir en rentrant, Will sympathise avec Abdul lorsque je roupille devant mon ordinateur. En bon musulman, le propriétaire lui propose de tester le narguilé pour le lendemain. Will ne refuse pas mais n'accepte pas non plus. Nous allons d'abord voir les house-boats de nos nouveaux amis ainsi que celui que nous a conseillé une autre personne à Auroville.

Le lendemain, nous avons du mal à nous réveiller car nous sommes fatigués des voyages incessants. Le p'tit déj' avalé, nous filons droit vers le lac où doivent encore nous attendre Caroline et Glen. Pour rejoindre les house-boats, nous sommes obligés d'utiliser un shikara-wallah, les bateliers qui conduisent les hôtes sur des gondoles vers les maisons flottantes. On nous envoie vers un Shikara dont le pagayeur nous fait un grand sourire. Lors de la traversée, le wallah commence à nous expliquer que le couple que nous rejoignons est parti et qu'ils ne nous ont pas attendus. Interloqués par cette information, nous complétons nos questions mais le jeune homme n'est pas clair dans ses réponses. Parfois, ils sont partis à 9 heures, parfois à 11 heures 15. Tout celà est étrange. Mais cela peut être crédible car nous avons trois quart d'heures de retard tout de même !

En arrivant au house-boat, l'homme nous présente les chambres et nous indique que le couple était dans l'une d'elles il y a seulement quelques heures. Une bouteille de Whisky à moitié vide traîne sur la table de chevet, des paquets de cigarettes écrasés sont étalés par terre. Ils ont bu de l'alcool avec nous et je crois les avoir vu fumer mais de là à s'acheter une bouteille d'un litre et de la laisser à moitié remplie ; je ne les imaginais pas comme ça... Avec Guillaume, nous commençons à imaginer ce qui a pu se passer. La veille, le plan de la journée était plutôt clair. Nous devions visiter ensemble un autre house-boat et trouver le meilleur trajet pour le trek dans les montagnes. Ils avaient l'air si motivés ! Pourquoi seraient-ils partis subitement ? Le batelier, qui est aussi de mèche pour le house-boat nous explique qu'ils sont partis vers l'ouest à une centaine de Km et à un endroit complètement opposé de ce qu'ils nous avaient indiqué la veille. Et puis, l'homme nous presse, nous incite à nous installer. Mais cette nouvelle nous a refroidi et nous décidons de revenir chez Abdul au calme.

En retrouvant le shikara, l'homme nous laisse à un batelier qui prend une autre direction ce qui nous permet de découvrir de nouveaux coins du lac et d'autres house-boats. Le paysage est beaucoup plus joli. Il y a des nénuphars partout, certains avec des lotus. Nous croisons d'autres shikaras. L'ensemble est très beau. On se croirait presque à Venise. Et puis nous tournons le visage à gauche, un autre house-boat se dévoile, une femme blanche sort la tête, c'est Caroline... Nous sommes perdus mais nous comprenons en quelques instants ce qu'il s'est passé. Le jeune batelier nous a emmené "en barque" jusque dans son propre house-boat. Il a monté une histoire incroyable pour que nous prenions sa chambre. La parade ne fonctionnant pas, il nous a "poliment" donné à un autre shikara vers le "vrai" house-boat où se situait Caroline et Glen ; incroyable. Cet homme a failli changer tous nos plans. Quelle image de Srinagar nous donne-t-il !!

Heureux de retrouver le couple suédo-australien, nous leur racontons l'histoire complètement folle et nous excusons pour le retard. Nous nous installons aussitôt avec eux et rencontrons le propriétaire des lieux qui aurait eu un article dans l'Express, le magazine français. Nous passons la soirée ensemble et rêvons déjà de notre futur aventure dans les montagnes Cachemiris. Demain, nous irons à Sonamarg à plus de 2700 mètres d'altitude.

Posté par _blondin_ à 10:29 - Les Trips - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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