09 juin 2008
J + 107 ou Bienvenue à Sikh City
Avec Will, j'ai retrouvé les avantages du voyage à deux. La chambre est moins chère, nous nous relayons pour répondre aux gentils indiens ou pour s'en débarrasser et enfin, il y en a toujours un pour rendre service à l'autre. Mais le problème est qu'on doit subir les malheureux caprices que nous concoctent la vie en Inde à savoir les crises diarrhéiques. Et quand ce n'est pas l'un qui immobilise le voyage, c'est l'autre. Mais cette fois-ci, exceptionnellement, nous ne pouvons attendre car nous traînons à Rishikesh depuis trop longtemps et nous commençons sérieusement à tourner en rond. Notre plan est simple : rejoindre la ville d'Amritsar dans l'état du Punjab où se cache le Golden Temple (traduisez le Temple d'Or) puis se diriger vers le nord pour atteindre l'état du Jammu & Cachemire (appelé J&K), le paradis sur Terre selon certains...
Nous passons la nuit dans un train couchette dans une foule d'Indiens en Marcel. Il ne faut pas avoir peur. Nous arrivons, épuisés, dans la capitale du Punjab à quelques dizaines de kilomètres du Pakistan. Au lieu d'un village tranquille, nous sommes agressés à la sortie de la gare par des hordes d'Indiens pour nous amener au Temple d'Or, à l'hôtel ou ailleurs. Notre première réaction est forcément négative. La ville est bruyante, sale et sans charme. Nous avons vite envie de nous sauver vers le nord. Mais tout de même, la photo du temple dans les guides semble belle, il faut insister.
Toute la ville est concentrée autour de l'édifice qui n'est visible qu'à l'intérieur d'un grand Ashram blanc. Le plus impressionnant est sans doute de voir autant de turbans dans un espace aussi confiné. Les jeunes Sikhs portent eux aussi le foulard mais à la manière des Schtroumpfs avec une bosse devant. Le lieu est sacré si bien qu'il est interdit de fumer dans les rues autour de l'Ashram dans un rayon de 500 mètres, ce qui agace Will. Et à chaque cigarette allumée, les remarques fusent : "allez plus loin". Mais avant de rentrer et découvrir le symbole du Sikhisme, nous tentons de trouver un logement pour la nuit. Les hôtels sont tous miteux et écoeurants dans des rues nauséabondes. La seule solution est donc de trouver refuge à l'Ashram où les étrangers sont acceptés dans des petits locaux type dortoirs. C'est très rudimentaire et assez limite mais le fan fonctionne et par cette chaleur, c'est bien le plus important. Il n'y a pas de salle de bains, il faut donc traverser une des cours intérieures où dorment au sol à peu près 400 indiens. Et puis en arrivant vers les "salles" d'eau, tout est en travaux, tout fuit, tout pue. Les odeurs sont trop fortes pour que je puisse avancer un pas de plus. Je recule et cherche un autre endroit, tant pis s'il faut marcher une demi-heure en pleine nuit, je n'irais pas me sacrifier dans un tel cauchemar que les indiens acceptent aussi facilement que dormir à même le sol pendant des jours. Ils sont incroyables mais ne peuvent pas faire autrement tellement ils sont nombreux. Après s'être installés, nous nous permettons une petite sieste récupératrice.
C'est l'après-midi. Nous nous dirigeons vers la dorure. Nous enlevons nos tongues et portons le foulard sur la tête pour rentrer gratuitement dans l'antre des Sikhs... Dès l'entrée, nous sommes scotchés par une femme qui boit l'eau marron dans laquelle nous "purifions" nos pieds. Et puis l'or apparaît...en plein milieu d'un étang faisant la taille de 2 terrains de foot. Je tombe des nues devant cet édifice qui reste à ce jour le plus beau à mes yeux de toute ma vie. Quel oeuvre d'art ! Quel chef d'oeuvre ! Le plus impressionnant n'est pas que la couche d'or qui couvre en intégralité le temple, mais c'est aussi l'environnement autour, les rituels des Sikhs, l'espace alloué et le calme complet alors que des dizaines de milliers de personnes nous entourent. Une sorte de muezzin "chante" des prières dans un haut-parleur. Et puis nous tournons autour de l'étang parfumé de gros poissons rouges et défendu par des gardes à la lance. Toute cette mascarade est un film à la Indiana Jones, certains ont des couteaux, d'autres des sabres, retour en arrière. Je lis dans le guide qu'Amritsar fut la dernière étape de la vie d'Indira Gandhi et qu'elle fut assassinée par ses propres gardes Sikhs influencés par les indépendantistes Punjabis de l'époque ; Indira refusant l'autonomie complète des Sikhs en Inde.
Je prends de multiples photos dont quelques-unes comiques avec les gens au turban. Bon esprit. La nuit commence à tomber et plus la lumière change, plus le bâtiment brille au milieu de tout. Chaque heure est différente. Chaque cliché du temple est une nouvelle peinture. Nous nous arrêtons là, demain est un autre jour...
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